Un nouveau traité protège la biodiversité en haute mer

Du 20 février au 4 mars, les toutes dernières négociations BBNJ visant à adopter un traité international pour la protection de la biodiversité en haute mer ont eu lieu à New York. L’accord a été obtenu après 17 ans de discussions et négociations intenses au sein des Nations Unies. La Belgique a joué un rôle actif dans l’élaboration et la finalisation de ce traité historique. Il sera désormais possible, entre autres, de créer des zones protégées en haute mer, en dehors des eaux territoriales.

© Christopher Michel, CC BY 3.0, Wikimedia Commons

Le nouveau traité revêt une importance capitale pour la Belgique. En tant que fondateur des Blue Leaders en 2019, notre pays est un grand défenseur de la protection de l’océan et de la conservation de ses ressources. L’adoption de l’objectif de protéger 30 % des océans d’ici 2030 lors de la COP Biodiversité à Montréal en décembre dernier constituait une première étape importante. La conclusion de ce nouveau traité pour la protection de la biodiversité en haute mer (BBNJ – Biodiversity Beyond National Jurisdiction) pose le dernier jalon qui permettra de procéder réellement à cette protection.

L’importance de l’océan

L’océan est essentiel au maintien de la vie sur Terre. Il est la source de nourriture et d’énergie de millions de personnes, il régule le climat et apporte de l’oxygène. Malheureusement, l’océan est menacé par la pollution, la surpêche, le changement climatique et d’autres activités humaines.

La protection de notre océan est donc essentielle pour l’avenir de la planète. L’une des principales raisons est le rôle unique que joue l’océan dans la lutte contre le changement climatique. Par exemple, il absorbe environ un tiers du CO2 émis dans l’atmosphère par les activités humaines. Cela contribue à réduire le réchauffement de la planète et à stabiliser le climat.

Vincent Van Quickenborne, ministre de la Mer du Nord : « C’est un traité historique. Une étape cruciale pour tous ceux qui se soucient de l’océan. Le traité BBNJ est pour l’océan ce que l’accord de Paris de 2015 est pour le climat. Après plus de 17 ans de négociations, nous pouvons enfin créer des zones protégées en haute mer. »

L’importance des réserves naturelles en haute mer

L’objectif du nouveau traité BBNJ est de pouvoir créer des zones protégées (reserves naturelles) en haute mer. 70 % de la surface de la Terre est constituée d’eau, dont les trois quarts se situent en haute mer et n’ont pas encore pu être protégés par la communauté internationale de quelque manière que ce soit.

Grâce à ce traité, la dernière étape a été franchie pour transformer 30 % de la haute mer en zones marines protégées d’ici 2030. Les réserves naturelles de haute mer sont des zones où les activités humaines sont strictement réglementées : la navigation durable, le tourisme nautique durable, l’utilisation durable des ressources biotiques (stocks de poissons et autres organismes marins) et abiotiques (sable, gravier, métaux, etc.), la recherche scientifique dans le respect de la nature.

Les scientifiques s’accordent à dire qu’il faut protéger au moins 30 % des zones protégées en haute mer pour que les océans soient résilients face au changement climatique. Ce taux de 30 % permettrait en effet d’atteindre le point de basculement nécessaire afin que les 70 % restants demeurent également vivables.

Sophie Mirgaux, envoyée spéciale belge pour les océans (SPF Santé publique), qui suit les négociations depuis le début en tant que membre de l’équipe de négociation de l’UE : « Ce traité change véritablement la donne en matière de protection des océans. Ce sera un défi de fournir cette protection de manière efficace dans une zone aussi éloignée de la côte. Il faudra beaucoup de moyens pour y parvenir et ce sera un travail de longue haleine. Mais c’est nécessaire, et nous devons donc nous lancer en tant que communauté internationale. »

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Outre les zones protégées, le traité règle également l’accès aux ressources génétiques marines ainsi que le partage équitable des bénéfices qui en découlent, l’évaluation de l’impact environnemental des activités en haute mer, le renforcement des capacités et le transfert de technologies marines. À l’instar du traité sur le climat, ce nouveau traité historique prévoit également l’organisation d’une conférences des parties (COP).

Rôle de la Belgique

Notre pays a contribué de manière active au succès des négociations sur les BBNJ, notamment en participant activement au processus et en entretenant des contacts bilatéraux avec les autres pays. L’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique a également collaboré de manière intensive : Hendrik Segers, en tant que membre de la délégation belge et de l’équipe de l’UE, a participé à l’élaboration des positions belge et européenne et était responsable des aspects concernant les ressources génétiques marines. L’importance de la finalisation du traité BBNJ a également été soulignée lors d’un événement high level que le ministre de la Mer du Nord Vincent Van Quickenborne a co-organisé à la veille de la Conférence Our Ocean 2023 à Panama. Des responsables politiques du monde entier y ont appelé à finaliser le traité BBNJ.

L’appel de haut niveau a été renforcé par l’annonce d’un financement de plus de 100 millions de dollars pour soutenir la ratification et la mise en oeuvre du traité. Cette promesse de financement a été rendue possible grâce à des institutions philanthropiques privées et publiques telles que Bloomberg Philanthropies, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), Oceans5 et d’autres. La Commission européenne s’est également engagée à verser 40 millions d’euros dans le cadre du traité BBNJ. En outre, la Commission consacre 816 millions d’euros à la recherche océanique.

En tant que Blue Leader, la Belgique va peser de tout son poids pour réaliser rapidement la première zone protégée. Cependant, certaines étapes doivent encore être franchies pour que cela soit possible.

Hendrik Segers, Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, explique : « Pour procéder à la délimitation des aires marines protégées dans les zones ne relevant pas de la juridiction nationale, la convention doit d’abord être ratifiée par les États membres de l’UE et par la Commission, et intégrée dans la législation nationale et européenne. Il sera également important pour la recherche scientifique en haute mer de connaître les conséquences de la convention ».

La Belgique candidate au secrétariat à Bruxelles

Comme c’est le cas pour d’autres conventions internationales, un secrétariat sera également créé pour la BBNJ. Il s’agira d’un secrétariat distinct, c’est-à-dire qui ne sera pas placé sous l’égide des Nations unies à New York. Ce point est important pour donner du poids au nouveau traité. En effet, il y aura un important lobby contre l’installation de zones protégées en haute mer. Un secrétariat autonome, avec son propre personnel et un budget distinct, fera office de contrepoids. La Belgique, l’un des fondateurs des Blue Leaders, est candidate à la création de ce secrétariat à Bruxelles. Cette démarche est non seulement conforme à l’engagement pris par notre pays ces dernières années, mais elle renforcerait aussi considérablement la position de la Belgique sur la scène maritime internationale.