Les émissions de carbone noir provenant des navires mises en évidence

Les émissions de carbone noir provenant des navires dans le sud de la mer du Nord ont été mises en évidence à l’aide du capteur “renifleur” de l’avion de surveillance de la garde côtière belge. Les résultats préliminaires indiquent que ces émissions sont plus élevées qu’on ne le pensait auparavant et fournissent une base scientifique pour l’élaboration de réglementations internationales et de politiques de transport maritime durables.

L’avion de la garde côtière lors d’une mission de détection au-dessus de la partie belge de la mer du Nord © NL Coast Guard

Depuis 2015, l’avion de la garde côtière belge est équipé d’un « reniffleur » qui lui permet de mesurer la concentration de polluants dans les émissions des navires en mer. Initialement, le système a été intégré à l’avion afin de surveiller et d’étudier les émissions d’oxydes de soufre (SOx), mais au fil des ans, il a été étendu pour pouvoir détecter d’autres polluants. Ainsi, depuis 2020, les oxydes d’azote (NOx) sont également mesurés tout comme le carbone noir à partir de 2021.

En juin 2025, l’équipe de surveillance aérienne (SURV) a publié un article scientifique dans la revue Atmosphere décrivant les émissions de carbone noir provenant du trafic maritime dans le sud de la mer du Nord et la Manche, sur la base de 886 mesures effectuées entre 2021 et 2024. Il s’agit de la première étude scientifique de cette envergure qui rassemble et analyse des mesures réelles du carbone noir émis par les navires. Les mesures ont été réalisées dans les zones maritimes de la Belgique, des Pays-Bas, de la France et du Royaume-Uni.

C’est quoi, le « carbone noir » ?

Le carbone noir, souvent appelé « black carbon » en anglais, est une catégorie de particules fines contenant du carbone et mesurant moins de 2,5 micromètres (1 micromètre ou 1 µm, c’est un millième de millimètre). Il vient surtout de la combustion incomplète de combustibles contenant eux-mêmes du carbone, comme les combustibles fossiles (du genre diesel et charbon), mais aussi la biomasse (bois) et les biocarburants.

En tant que particule fine, le carbone noir a un impact sur la santé des gens qui y sont exposés. Même si l’impact exact du carbone noir sur le climat fait encore débat et qu’il n’est pas classé comme gaz à effet de serre, il est clair qu’il contribue de manière significative au changement climatique. C’est notamment dû à sa capacité à absorber le rayonnement solaire lorsqu’il se dépose sur la glace polaire, la rendant ainsi plus sombre.

Répartition spatiale des mesures des émissions de carbone noir, avec codage couleur des niveaux mesurés (en g de carbone noir/kWh)

Interprétation des résultats

Cette étude à long terme a abouti à un certain nombre de conclusions qui seront affinées à l’avenir grâce à des données supplémentaires. La conclusion principale est que les mesures atmosphériques des émissions de carbone noir par les navires en mer sont effectivement possibles et que le protocole d’observation associé permet d’obtenir des informations précieuses sur l’ampleur réelle de ces émissions. Jusqu’à présent, ces informations étaient dérivées de mesures effectuées dans des environnements contrôlés et simulés et non pas en mer, dans les conditions du monde réel.

Les données indiquent en outre que les émissions réelles de carbone noir des navires pourraient avoir été sous-estimées. Il apparaît par ailleurs que les carburants conformes à l’ECA (carburants à faible teneur en soufre autorisés dans la « zone de contrôle des émissions » dont fait partie la mer du Nord) contribuent à une réduction significative des émissions de carbone noir. En outre, il apparaît que la charge du moteur semble être un facteur déterminant pour les émissions de carbone noir.

La science au service d’une durabilité accrue

Les émissions de carbone noir provenant du transport maritime ne sont pas encore réglementées, bien que des discussions soient en cours depuis 2011 afin de trouver les meilleurs moyens de limiter ces émissions et leur impact. Ces discussions ont notamment lieu au sein de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), une agence spécialisée des Nations unies chargée d’élaborer des règles internationales relatives à la sécurité et à la sûreté du transport maritime, mais aussi à la prévention de la pollution marine et atmosphérique par les navires.

Pour mener ces discussions, l’OMI a bien sûr besoin de données scientifiques solides, et c’est là que la nouvelle étude menée au sein de l’Institut belge peut jouer un rôle important. La Belgique, représentée au sein de l’OMI par la Direction générale de la navigation (Service public fédéral Mobilité et Transports), a porté les recherches de l’Institut des Sciences naturelles à l’attention de la communauté maritime internationale ici le 21 novembre 2025. La Belgique souhaite ainsi sensibiliser davantage à la problématique du carbone noir et fournir des éléments concrets pour soutenir l’élaboration d’une réglementation efficace en matière d’émissions de carbone noir par le transport maritime.

La Belgique a par ailleurs été élue membre du Conseil de l’OMI à Londres le 26 novembre 2025, notamment grâce aux efforts continus de la DG Navigation. L’élection au Conseil, ensemble avec la formalisation et la transmission des connaissances scientifiques belges à l’OMI démontrent l’importance que notre pays accorde à la coopération scientifique et politique internationale, ainsi que son soutien à la transition vers un secteur maritime durable et moins polluant.

L’avion de surveillance de la garde côtière est la propriété de l’Institut des Sciences naturelles et ses pilotes sont issus de la Défense. Le service scientifique « Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord » (UGMM) de l’Institut est responsable de la mise en œuvre du programme national de surveillance aérienne au-dessus de la mer du Nord et fournit les opérateurs scientifiques de l’avion.

Une collection de sons en ligne centralise les enregistrements de chauves-souris en Belgique

Les chercheurs et les passionnés de nature peuvent désormais écouter près de deux millions d’enregistrements de chauves-souris belges grâce à DASA (Digital Animal Sound Archive). Cette plateforme centralise l’accès à ce vaste corpus de sons, soutient la recherche scientifique, et encourage son utilisation pour les études d’impacts environnementaux et l’élaboration de politiques.

Sérotine commune (Cnephaeus serotinus) © Institut des Sciences naturelles/MARECO (Yves Laurent)

Comme de nombreuses autres espèces animales (baleines, insectes, oiseaux, etc.), les chauves-souris émettent des sons, notamment pour localiser leurs proies ou s’orienter. Il s’agit d’ultrasons à hautes fréquences, souvent inaudibles ou difficiles à percevoir pour l’homme, mais enregistrables. Ces enregistrements offrent un potentiel considérable pour l’étude de la répartition et du comportement des différentes espèces, ainsi que pour l’évaluation de l’impact des activités humaines. Ceci est valable aussi bien sur terre qu’en mer, puisque les chauves-souris sont également observées en milieu marin.

Jusqu’à présent, les enregistrements sonores de chauves-souris belges disponibles étaient conservés uniquement dans les archives, difficilement accessibles, de particuliers ou d’organisations. Ils risquaient alors de disparaître rapidement, par exemple parce qu’ils étaient supprimés après analyse. Le Digital Animal Sound Archive (DASA) rassemble désormais ces enregistrements dans un système unique, standardisé, sécurisé et interrogeable.

Un détecteur de chauves-souris enregistre les sons des chauves-souris dans un parc éolien offshore belge. © Institut des Sciences naturelles/MARECO

Également grâce aux citoyens scientifiques

DASA est bien plus qu’une simple collection de sons pour scientifiques professionnels. Après avoir créé un compte, toute personne intéressée, professionnelle ou citoyenne, peut télécharger et écouter des enregistrements audio. De plus, chaque membre peut y déposer ses propres enregistrements. Cela permet aux citoyens scientifiques de sauvegarder leurs propres données pour l’avenir, enrichissant ainsi la collection, et augmentant son potentiel pour des applications scientifiques et d’aide à la décision. À ce jour, 24 % des observations ont été collectées par des citoyens scientifiques, une proportion qui augmentera sans aucun doute à l’avenir.

Enfin, toute personne inscrite peut contribuer à l’expertise  des enregistrements, ou proposer une autre espèce pour une identification existante. Identifier l’espèce à laquelle un enregistrement se rapporte n’est pas toujours chose aisée, notamment chez les chauves-souris, et exige une connaissance approfondie du sujet. C’est pourquoi des spécialistes des chauves-souris sont sollicités pour valider les observations, garantissant ainsi leur attribution à l’espèce correcte avec fiabilité.

Une mine d’informations

« DASA regroupe actuellement près de deux millions de détections de chauves-souris réalisées par des scientifiques professionnels et des citoyens. Il s’agit d’une base de données unique qui pérennise l’utilisation des observations et des enregistrements sonores pour la recherche sur la nature en Belgique », explique Robin Brabant, coordinateur du projet à l’Institut des Sciences naturelles.

Environ la moitié de ces observations de chauves-souris sont associées à des enregistrements sonores. Cependant, les observations restantes sont également très précieuses car elles permettent de déterminer la répartition et les tendances des différentes espèces.

Sonogramme de la phase d’approche et de capture d’une proie par la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) © Institut des Sciences naturelles

Bob Vandendriessche, président du groupe de travail sur les chauves-souris de Natuurpunt, explique plus en détail la valeur ajoutée d’une plateforme dédiée comme DASA : « Les plateformes existantes telles que observations.be ne sont pas conçues pour recevoir et exploiter des ensembles de données aussi massifs. Bien que le nombre de personnes collectant des données acoustiques à grande échelle soit relativement faible, le volume de données peut rapidement devenir considérable. La taille et l’importance des métadonnées associées sont également bien supérieures à celles des autres données biologiques, ce qui rend une plateforme distincte souhaitable. »

DASA est la première plateforme belge à structurer les données bioacoustiques selon les normes internationales et à les relier aux plateformes internationales de biodiversité telles que le Système mondial d’information sur la biodiversité (Global Biodiversity Information Facility – GBIF). Son infrastructure est également évolutive. Outre les enregistrements de sons de chauves-souris, des enregistrements d’autres groupes d’animaux, comme les mammifères marins et les insectes, y seront ajoutés ultérieurement. Cependant, l’accent reste mis sur les données belges.

 

Le projet DASA (Digital Animal Sound Archive) est une collaboration entre l’Institut des Sciences naturelles, Natagora et Natuurpunt. La plateforme a été développée grâce à un financement de la Politique scientifique fédérale (BELSPO).

Toutes les données sont conformes aux principes FAIR (Faciles à trouver, Accessibles, Interopérables, Réutilisables) et à la directive européenne sur les données ouvertes, ce qui les rend utilisables dans le monde entier à des fins scientifiques, politiques et éducatives.

10 ans d’EMBRC Belgique : moteur d’innovation dans la recherche marine

Le 9 décembre, la branche belge du Centre européen de ressources biologiques marines (EMBRC) a célébré son dixième anniversaire à l’Institut des Sciences naturelles. Au cours de la dernière décennie, cette initiative a considérablement renforcé l’accès à des infrastructures de recherche de haute qualité, à l’expertise et aux collaborations internationales. Cet anniversaire a été l’occasion idéale de revenir sur cet impact et de définir les orientations pour les années à venir, en mettant l’accent sur la collaboration, la durabilité et l’innovation scientifique.

Juin 2024 : Des collecteurs de naissains d’huîtres sont déployés dans le Jardin de substrats durs artificiels, une installation expérimentale marine mise à la disposition de la communauté scientifique et de l’industrie par EMBRC Belgique. (© Institut des Sciences naturelles)

La branche belge du Centre européen de ressources biologiques marines (EMBRC-BE) a célébré ses dix ans d’activité le mardi 9 décembre 2025. EMBRC-BE fait partie du réseau de recherche paneuropéen EMBRC-ERIC (Consortium pour une infrastructure européenne de recherche), qui vise à approfondir nos connaissances sur la biodiversité et le fonctionnement des mers côtières européennes. EMBRC-ERIC soutient et coordonne la recherche marine à travers l’Europe en donnant aux chercheurs accès à des laboratoires de pointe dans des stations marines et des instituts de recherche.

Le milieu marin recouvre 71 % de la surface de notre planète et est essentiel à toute vie sur Terre ainsi qu’à de nombreuses activités humaines. Les mers et les océans produisent environ la moitié de l’oxygène que nous respirons. Ils stockent d’importantes quantités de CO2, atténuant ainsi les effets du changement climatique. Parallèlement, ils constituent une source de nourriture, d’énergie et d’emplois pour des millions de personnes à travers le monde.

« De plus, le milieu marin est désormais utilisé pour la production d’énergies renouvelables ou l’aquaculture. Il est donc crucial de bien comprendre le fonctionnement de l’écosystème marin et la manière d’utiliser durablement les ressources marines », explique Jan Vanaverbeke, de l’Institut des Sciences naturelles et de l’Université de Gand, qui a participé au lancement d’EMBRC-BE.

La recherche marine demeure un défi

Cependant, la recherche sur les écosystèmes marins est complexe. L’accès à la mer est souvent difficile et les instruments spécialisés nécessaires sont fréquemment coûteux et difficiles à se procurer pour de nombreux groupes de recherche. EMBRC Belgique contribue à lever ces obstacles. Ce consortium réunit les atouts des institutions belges de recherche marine et met à la disposition de tous ceux qui souhaitent mener des recherches sur ou avec des organismes marins des infrastructures et une expertise de haut niveau.

« De cette manière, l’excellence scientifique n’est pas entravée par des considérations pratiques, et les recherches potentiellement révolutionnaires ne sont pas freinées par des contraintes locales », déclare Nicolas Pade, directeur européen de l’EMBRC, venu assister à la célébration à l’Institut des Sciences naturelles pour le dixième anniversaire de la branche belge.

© EMBRC-BE, UGent

EMBRC Belgique trace la voie de l’avenir

Depuis 2025, Marleen De Troch (Université de Gand) dirige EMBRC Belgique. Ses ambitions pour les années à venir sont claires : promouvoir davantage la collaboration entre les groupes de recherche, soutenir les jeunes chercheurs et renforcer les liens entre science, politique et économie bleue.

Marleen De Troch : « Ce financement fait une réelle différence. Nous soutenons d’importants axes d’innovation belges dans l’économie bleue, l’écologie et la conservation de la nature, comme le développement de panneaux solaires flottants, l’aquaculture durable et la restauration des récifs d’huîtres. Les services scientifiques d’EMBRC-BE ont également permis la publication de plus de 300 articles scientifiques au cours des dix dernières années. »

L’expertise sans cesse croissante et la réputation internationale qui en découle de la communauté scientifique marine belge ont également permis aux chercheurs belges de participer à 40 projets de recherche européens. De cette manière, un financement important est réinjecté dans nos institutions de recherche.

« Notre objectif reste le même : lever les obstacles, encourager la collaboration et renforcer la recherche marine en Belgique. Nous souhaitons également mettre davantage l’accent sur l’innovation, le partage des connaissances et la durabilité au cours des dix prochaines années », conclut De Troch.

 

EMBRC-Belgique est une collaboration entre différents groupes de recherche de l’Université de Gand, de l’Institut flamand de la mer (VLIZ), de l’Université de Hasselt, l’Université catholique de Louvain et de l’Institut des Sciences naturelles, financée par des fonds de recherche flamands et fédéraux. Au sein de cette collaboration, l’Institut des Sciences naturelles renforce le consortium grâce à ses activités de suivi et ses recherches spécialisées sur les récifs artificiels.

Consultation publique Nearshore Access Channels – Elia Asset NV

Elia Asset SA a introduit une demande de modification de l’arrêté ministériel du 26 septembre 2023 octroyant à Elia Asset SA une autorisation de construction, un permis d’exploitation et une autorisation Natura 2000 pour le Modular Offshore Grid 2 dans les zones maritimes relevant de la juridiction belge.

La construction de l’île énergétique a débuté le 1er avril 2024 sur la base du permis environnemental et de l’autorisation Natura 2000 accordés le 26 septembre 2023. Elia Asset NV prévoit d’utiliser une méthode alternative d’atterrage pour les câbles d’exportation, avec des canaux d’accès et des cuvettes de rotation dans la zone côtière près de Blankenberge/Zeebrugge. Cette technique n’est pas incluse dans le permis environnemental et l’autorisation Natura 2000 susmentionnés et est donc soumise à une procédure supplémentaire d’évaluation des incidences sur l’environnement.

Le ministre compétent pour la mer du Nord décide d’une modification du permis d’environnement initial et de l’autorisation Natura 2000.

La demande, qui comprend également le rapport complémentaire d’évaluation des incidences sur l’environnement établi par le demandeur, le projet d’évaluation appropriée et un résumé non technique, peut être consultée dans les bureaux de la BMM (Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord) à Bruxelles (Institut des Sciences naturelles, Rue Vautier 29, 1000 Bruxelles; mdevolder@naturalsciences.be; tél. 02 627 43 52) ou à Ostende (3de et 23ste Linieregimentsplein, 8400 Ostende; jhaelters@naturalsciences.be; tél. 02 788 77 22), uniquement sur rendez-vous et pendant les heures de bureau entre 9h00 et 17h00. Le dossier a également été transmis aux communes côtières.

Les documents peuvent également être consultés sous forme électronique (en néerlandais, sauf pour la version anglaise du résumé non technique) :

Application

Rapport d’impact environnemental (+ projet d’évaluation appropriée et annexes, y compris un résumé non technique)

Toute partie intéressée peut soumettre ses vues, commentaires et objections à l’UGMM par courrier ou par e-mail jusqu’au 26 décembre 2025:

UGMM
Rue Vautier 29, 
1000 Bruxelles

bmm@naturalsciences.be

North Atlantic Coast Guard Forum 2025: Systèmes, pouvons-nous leur faire confiance?

Le Sommet 2025 du Forum des garde-côtes de l’Atlantique Nord (North Atlantic Coast Guard Forum, NACGF) s’est tenu du 13 au 16 octobre à Copenhague, au Danemark.

© Tobias Terman/NACGF

Aspects juridiques

Le premier point à l’ordre du jour était d’aborder les outils ou systèmes dont nous disposons d’un point de vue juridique.

Cela incluait une réflexion sur la soi-disant shadow fleet, un réseau de navires ou de vaisseaux qui utilisent des tactiques secrètes pour éviter les sanctions, contourner les réglementations de sécurité ou environnementales, échapper aux coûts d’assurance ou se livrer à d’autres activités illégales.

La professeure Kristina Siig (professeure de droit maritime et de droit de la mer à l’Université du Danemark du Sud) a souligné l’importance du principe de « passage innocent ». La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) stipule que le passage innocent des navires dans les eaux territoriales doit être autorisé tant qu’il ne menace pas la paix, l’ordre ou la sécurité de l’État côtier concerné.

Plusieurs incidents maritimes récents ont également été analysés. Quelle législation s’applique ? Et surtout, comment mieux anticiper et réagir à l’avenir ?

Retours des groupes de travail

Sur un plan plus opérationnel et technique, le Sommet recueille les commentaires des présidents des différents groupes d’experts. Ces groupes se sont réunis à Aalborg, au Danemark, en mai 2025 et ont présenté les principales conclusions, les nouvelles techniques et les tendances.

L’approche des incidents récents tels que ceux impliquant le Solong / le Stena Immaculate et le MSC Baltic III a également été discutée plus en détail.

Piet Pieters (conseiller général du Centre national de crise et coprésident de l’organe directeur des garde-côtes) et Eefje Deweer (secrétariat des garde-côtes) au sommet du NACGF à Copenhague. © Secrétariat des garde-côtes

L’expertise danoise

Le Danemark dispose de plusieurs systèmes qu’il intègre pour obtenir la vision la plus complète possible des activités au-dessus de ses eaux. Sa vision à long terme s’appuie sur la formation systématique de l’ensemble du personnel des garde-côtes, lui permettant de travailler efficacement avec les systèmes de données européens. Depuis le lancement de cette initiative en 2017, plus de 600 employés ont été formés. Le Danemark utilise, entre autres, le service RPAS (Remotely Piloted Aircraft System) de l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) et a élaboré son propre manuel d’utilisation opérationnelle.

L’année dernière, plusieurs saildrones ont également été testés dans les eaux danoises. Quatre drones ont été déployés simultanément et contrôlés par un seul opérateur à terre. Ils ont fait preuve d’une résistance exceptionnelle aux conditions météorologiques imprévisibles et ont même résisté à un ouragan de catégorie 5. Ce projet, mené par une entreprise privée, est un parfait exemple de collaboration fructueuse entre le gouvernement et l’industrie, visant à développer les connaissances et à prospecter les marchés.

Saildrone danois. © Royal Danish Navy

Collaboration et transfert

Par ailleurs, tous les États membres participants ont collaboré l’année dernière à l’élaboration d’un document thématique sur la « Sûreté et sécurité dans les parcs éoliens ». La Belgique, qui possède également une expérience dans ce domaine, a contribué au projet.

Enfin, lors de la séance de clôture, la présidence du NACGF a été officiellement transmise à l’Islande.

Transfert de la présidence du NACGF du Danemark à l’Islande. © Secrétariat des garde-côtes

Le Service Scientifique « Unité de Gestion du Modèle Mathématique de la Mer du Nord (UGMM) » de l’Institut des Sciences Naturelles est partenaire de la coopération de la Garde côtière belge et suit de près les développements discutés lors du Sommet du NACGF.

Un petit rorqual échoué à Heist est retourné à la mer

Un petit rorqual d’environ 6 mètres s’est retrouvé coincé dans les eaux peu profondes de la baie de Heist le 31 août. Les sauveteurs et les services de secours ont maintenu l’animal mouillé pendant des heures dans un bassin peu profond, et un chenal creusé rapidement a permis de le guider vers la mer à mesure que la marée montait. Bien que l’animal soit retourné en eaux peu profondes à deux reprises, ils ont réussi à le guider plus profondément à chaque fois. Cependant, des doutes subsistaient quant aux chances de survie.

Malheureusement, après l’échouage initial, le petit rorqual a retourné à deux reprises dans les eaux dangereusement peu profondes. (© Institut des Sciences naturelles/K. Moreau)

Le dimanche 31 août, un petit rorqual (Balaenoptera acutorostrata) a rencontré des difficultés au large de la côte est belge. L’animal s’est retrouvé dans les eaux peu profondes et dangereuses de la baie de Heist juste avant midi, et avec le retrait de la marée, il a été complètement exposé.

Réduire la pression du poids

Les sauveteurs ont travaillé tout l’après-midi pour sauver le malheureux petit rorqual. Ils ont construit un mur de sable autour de lui et l’ont maintenu mouillé dans un bassin peu profond. Il est important qu’un cétacé sur la terre ferme soit soutenu autant que possible afin de réduire la pression de son propre poids sur ses organes. Même une profondeur d’eau de seulement 25 centimètres est toujours mieux que rien.

Le petit rorqual, d’environ 6 m de long et pesant probablement 4 tonnes, est resté relativement calme. Très alerte, il jetait constamment des regards dans toutes les directions. Il ne frappait la queue ou n’ouvrait la bouche que de temps en temps, révélant brièvement ses fanons couleur crème parfaitement alignés. Le petit rorqual semblait par ailleurs en bonne santé : il semblait bien nourri, sa peau était parfaitement intacte et il était peu parasité.

Des sauveteurs maintiennent le malheureux petit rorqual mouillé dans un bassin improvisé. (© Institut des Sciences naturelles/J. Haelters)

Aider à la marée montante

Des biologistes marins de l’Institut des sciences naturelles a conseillé les mesures à prendre. Un bulldozer municipal a été utilisé pour creuser un petit canal : en approfondissant le chemin le plus court vers la mer, l’animal pourrait revenir plus rapidement avec la marée montante.

Les sauveteurs, ainsi que plusieurs pompiers, un vétérinaire et quelques bénévoles, sont restés dans l’eau pendant des heures, d’abord jusqu’aux genoux, puis jusqu’à la taille. Finalement, vers 16 h, ils ont pu guider l’animal à travers le chenal creusé vers des eaux plus profondes. Après avoir nagé en aller-retour pendant environ une heure et demie plus loin vers le large, la baleine est revenu vers la rive à deux reprises. À chaque fois, le petit rorqual s’est retrouvé coincé dans les eaux peu profondes, mais a été rapidement repoussé. L’animal a été vu pour la dernière fois dans la soirée.

Un bulldozer est utilisé pour creuser un chenal afin que la marée montante puisse atteindre le petit rorqual plus rapidement. (© Institut des Sciences naturelles/K. Moreau)
La marée montante a atteint le petit rorqual. Il est temps de percer la paroi du bassin. (© Institut des Sciences naturelles/J. Haelters)

Vigilance continue

Peu après la dernière action, l’animal a disparu sous l’eau près de la côte. Le petit rorqual n’a pas été revu dans les dernières heures précédant la tombée de la nuit. Ceci est assez étrange, car un cétacé stressé par les échouages ​​et qui s’efforce physiquement de se libérer n’est pas censé plonger immédiatement en profondeur, mais rester à la surface pour respirer régulièrement. De plus, la plongée en profondeur est impossible dans la baie de Heist, peu profonde.

Suite au retour répété du petit rorqual dans les eaux côtières, mais aussi conscients de la possibilité d’une carcasse échouée sur le rivage, les services de secours et l’Institut des Sciences naturelles sont restés vigilants dans les heures qui ont suivi. Le lundi 1er septembre, alors que deux nouvelles marées basses avaient déjà eu lieu et qu’aucun petit rorqual n’avait été retrouvé, mort ou vivant, l’alerte finale a été levée peu après midi.

Le petit rorqual est guidé à travers le chenal vers des eaux plus profondes. (© Institut des Sciences naturelles/K. Moreau)
L’animal s’éloigne des sauveteurs et rejoint le large. (© Institut des Sciences naturelles/K. Moreau)

Sauvetage réussi ?

Si le 31 août a été une merveilleuse fin de saison estivale pour les sauveteurs – une journée de cohésion d’équipe qu’ils n’oublieront jamais, et que les nombreux autres contributeurs (dont les pompiers, la police, le service technique, le vétérinaire et plusieurs bénévoles) méritent également d’être félicités, les craintes quant au sort du petit rorqual belge semblent désormais fondées.

Vendredi 5 septembre au soir, un petit rorqual mort s’est échoué à Katwijk, aux Pays-Bas. Cet animal mesurait également environ 6 m de long. Il s’est avéré que c’était un mâle. La carcasse a été transportée à l’Université d’Utrecht. Après une comparaison détaillée des photos du petit rorqual de Heist et de la carcasse de Katwijk, les chercheurs néerlandais et belges ont conclu que les animaux des deux sites étaient identiques. Une cicatrice sur le flanc gauche, entre autres, a été déterminante.

Cette conclusion a été renforcée par une reconstitution de la trajectoire du petit rorqual mort quelques jours avant son échouage. Cette simulation, basée sur un modèle scientifique où les courants jouent un rôle clé, a été réalisée par l’Institut des Sciences naturelles. Le modèle a rapproché le petit rorqual de façon remarquable de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois, le 31 août. Ce résultat indique également que l’animal est probablement mort peu après sa dernière observation au large des côtes belges, car un rorqual vivant ne se laisse pas simplement emporter par les courants.

 

Les petits rorquals restent rares dans notre région. Pour un aperçu des échouages ​​et observations les plus récents en Belgique, veuillez vous référer au rapport sur les mammifères marins de 2024 et à un article Web sur un jeune petit rorqual qui s’est échoué à Ostende en 2024.

Exercice national de lutte contre la pollution marine 2025

Maintenir un niveau de préparation élevé est essentiel pour tous les partenaires de la Garde Côtière belge face aux menaces de pollution maritime.

Lors de POLEX 2025, l’exercice national belge de lutte contre la pollution marine, qui s’est déroulé le 18 juin 2025, l’Institut des Sciences naturelles  a apporté deux atouts clés : 1) l’avion de surveillance aérienne a assuré la coordination et la surveillance en temps réel depuis le ciel, tandis que 2) les simulations de modèles développées par le Marine Forecasting Centre (centre de prévision maritime) ont soutenu la prise de décision en mer.

Interballast III (affrété par l’AESM) lors du POLEX 2025 (© Institut des sciences naturelles/UGMM)

Ces capacités ont complété le navire Interballast III (affrété par l’Agence européenne pour la sécurité maritime), les partenaires de la Garde Côtière belge et le navire Argonaute de la Marine française dans un scénario de simulation de marée noire à proximité de parcs éoliens offshore.

En combinant intervention sur site, imagerie satellite et apport scientifique, l’Institut des Sciences naturelles a contribué à renforcer la connaissance de la situation et la coordination des interventions dans cet environnement complexe. Des exercices comme POLEX 2025 sont essentiels pour garantir, en cas de besoin, la synergie entre la science et les capacités opérationnelles afin de protéger le milieu marin.

Le Sirius et l’Argonaute en action (© SPF Santé publique)

POLEX 2025 s’inscrivait dans le cadre de l’Opération maritime polyvalente en cours en Belgique et en France, et était coordonné par le Service public fédéral (SPF) Santé publique. Des informations plus détaillées sur l’exercice sont disponibles dans un article publié sur le site web du SPF Santé publique.

L’exercice POLEX 2025 vu du ciel (© Institut des Sciences naturelles/UGMM)

Surprise sur la plage d’Ostende : un jeune phoque à capuchon

Un jeune phoque à capuchon photographié sur la plage d’Ostende le 21 août était le cinquième cas documenté de ce phoque du Nord en Belgique. Cependant, l’animal n’a été identifié que le lendemain. À ce moment-là, il était déjà retourné à la mer, pour ne plus jamais être revu. Ou était-ce vraiment le cas ?

Jeune phoque à capuchon, Ostende, 21 août 2025 (© Oededuukker)

Jeudi soir 21 août, un habitué des plages d’Ostende a photographié un jeune phoque sur la rive est. Les phoques ne sont plus une rareté sur notre côte. À l’ouest du chenal du port d’Ostende, il existe même une aire de repos permanente où l’on peut régulièrement observer des phoques communs et gris. L’observateur pensait donc avoir capturé un jeune phoque gris. Une observation toujours agréable, mais désormais plus inhabituelle.

Ce n’est que le lendemain, lorsque les photos ont circulé sur les réseaux sociaux, qu’il est devenu évident qu’il s’agissait d’une espèce beaucoup plus rare : un jeune phoque à capuchon (Cystophora cristata), originaire des eaux lointaines et glacées du Grand Nord. L’animal semblait en bonne santé, mais malgré les recherches menées par des amoureux de la nature et des spécialistes de l’Institut des Sciences naturelles, il n’a pas été retrouvé. La direction dans laquelle le jeune phoque à capuchon a poursuivi son voyage, et sa réapparition éventuelle, étaient alors inconnues.

Jeune phoque à capuchon, Ostende, 21 août 2025 (© Oededuukker)

Qui est le phoque à capuchon ?

Le phoque à capuchon est un phoque originaire des océans Atlantique Nord et Arctique, du Spitzberg à la côte est du Canada. Les plus grandes populations se trouvent entre le Groenland et le Canada, avec aussi une importante zone de reproduction près de l’île volcanique de Jan Mayen (Norvège).

Contrairement aux phoques communs et gris que nous connaissons, le phoque à capuchon vit généralement plus au large, chassant dans des eaux plus profondes et plus froides, et fréquentant souvent la banquise dérivante. Les petits y naissent entre mars et mai. Leur période d’allaitement est remarquablement courte, la plus courte de tous les mammifères. En seulement quatre jours, les petits consomment tellement de lait maternel riche en matières grasses que leur poids double presque. Ils deviennent ensuite indépendants et parcourent rapidement de grandes distances en mer.

Les jeunes animaux, comme le spécimen d’Ostende, ont le dos bleu-gris et le ventre clair, ce qui leur vaut le surnom de « dos bleus ». La caractéristique typique du phoque à capuchon, une poche de peau noire que les mâles adultes peuvent gonfler jusqu’à la taille de leur tête, n’est pas encore visible chez les jeunes animaux.

Jeune phoque à capuchon, Ostende, 21 août 2025 (© Oededuukker)

Phoques à capuchon belges

Le fait que quelqu’un ait pu photographier un phoque à capuchon sur une plage belge un soir d’été montre à quel point la nature peut parfois être surprenante. La raison pour laquelle ce jeune animal est apparu à Ostende reste un mystère. On pourrait envisager des changements dans son habitat nordique, dus par exemple au changement climatique, mais les preuves tangibles manquent. Le contraire est également impossible à prouver.

Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas la première fois qu’un phoque à capuchon est observé en Belgique. Les précédentes observations remontent à 1987, 1999, 2000 et 2003. La première était la plus remarquable : une femelle adulte ayant remonté l’Escaut, vue pour la première fois près de Gand, puis capturée près de Tournai. Elle a été hébergée au zoo d’Anvers, puis au Centre des phoques de Pieterburen (Pays-Bas), mais est décédée peu après. Les trois autres cas concernaient de jeunes animaux : un mâle à Heist (1999), une femelle à Knokke (2000) et un mâle à Middelkerke (2003). Tous étaient affaiblis et ont été soignés par SeaLife. Seul l’animal de 1999 a survécu à son aventure méridionale et a été relâché en mer du Nord en janvier 2000.

Le fait que les choses finissent généralement mal pour les jeunes phoques à capuchon qui apparaissent si loin au sud a malheureusement aussi été illustré par le spécimen récent d’Ostende. Le 1er septembre, il est réapparu, cette fois à Rockanje, aux Pays-Bas. Après une période d’observation de 24 heures, il a été emmené au Centre des phoques A Seal à Stellendam le 2 septembre, où il est également décédé.