Comprendre la connectivité océan-lagune pour une gestion durable des crevettes au Bénin

Le 19 février 2026, Sylvain Gozingan a brillamment défendu sa thèse de doctorat intitulée “Developing a multi-scale modelling framework for coastal hydrodynamics and larval connectivity in the Gulf of Guinea, West Africa”. Ses travaux démontrent que la connectivité entre l’océan et la lagune Nokoué au Bénin est principalement contrôlée par des mécanismes hydrodynamiques bien définis, jouant un rôle déterminant dans le transport et l’entrée des larves de crevettes dans la lagune, un résultat clé pour la gestion durable des ressources halieutiques au Bénin.

Sylvain Gozingan de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin a défendu publiquement sa thèse de doctorat en océanographie physique et modélisation numérique, intitulée : “Developing a multi-scale modelling framework for coastal hydrodynamics and larval connectivity in the Gulf of Guinea, West Africa”. A l’issue de la défense publique qui s’est déroulée le 19 février 2026 à l’Institut des Sciences naturelles, en présence de tous les membres du Jury, Sylvain a obtenu la mention très honorable pour sa thèse de doctorat.

Sylvain Gozingan lors de la défense publique de sa thèse de doctorat, et en compagnie des membres du jury. (© Institut des Sciences naturelles/Olivier Gourgue & Tania D’Haijère)

Recherche pour une gestion durable

Sylvain Gozingan explique : « Les travaux de recherche réalisés dans le cadre de ma thèse de doctorat portent sur le développement et l’application de modèles tridimensionnels couplés, combinant l’hydrodynamique et le suivi des particules, afin d’étudier la circulation marine et la connectivité larvaire dans le Golfe de Guinée, en se focalisant particulièrement sur le système océan-chenal-lagune Nokoué au Bénin. Cela a permis d’identifier les mécanismes hydrodynamiques contrôlant la connectivité entre l’océan et la lagune Nokoué pour les larves de crevettes d’importance commerciale.»

Premièrement, les résultats montrent que l’entrée des larves dans la lagune n’est pas aléatoire mais dépend de conditions physiques bien définies. Elle est principalement favorisée par des conditions de marée spécifiques, l’existence de fenêtres de marée et de fenêtres d’opportunité hydrodynamiques, avec une période particulièrement propice durant la saison sèche (janvier-juin).

Deuxièmement, l’étude démontre que le transport des larves peut être largement expliqué par des mécanismes de dérive passive. Ce transport est dominé par l’action combinée des courants de marée, de la circulation résiduelle et des courants induits par le vent, sans nécessité d’invoquer un comportement actif complexe des larves à l’échelle étudiée.

Zone d’étude dans le Golfe de Guinée (sud du Bénin) montrant les 3 domaines imbriqués (gauche) et la bathymétrie du plus petit domaine du modèle COHERENS océan-chenal-Nokoué. Les points oranges représentent les emplacements où se jettent les rivières. (© Institut des Sciences naturelles/ECOMOD-Sylvain Gozingan)

Enfin, l’analyse des trajectoires des particules révèle que les larves qui atteignent effectivement la lagune proviennent majoritairement de la zone côtière peu profonde, en particulier des régions où la profondeur est inférieure ou égale à 15 m.

« Dans l’ensemble, ces résultats renforcent la compréhension de la connectivité dans le système océan-lagune Nokoué et fournissent des informations scientifiques précieuses pour prédire la dispersion larvaire, un élément crucial pour la gestion durable des ressources halieutiques », conclut Sylvain.

Les résultats de la thèse ont été présentés aux communautés locales lors d’un atelier de restitution organisé au Bénin en 2024.

Présentation des résultats aux communautés locales lors de l’atelier de restitution organisé dans le village lacustre de Ganvié au Bénin. (© Institut de Recherches Halieutiques et Océanologiques du Bénin (IRHOB))

Collaboration interdisciplinaire avec soutien belge et béninois

Sylvain était déjà titulaire d’un master en océanographie physique et applications obtenu en 2018 à l’Université d’Abomey-Calavi, et qui portait sur l’application d’un algorithme automatique d’identification et de suivi des tourbillons à une série de champs numériques de vorticité potentielle, considérée comme un traceur dynamique lagrangien. Depuis lors, il a développé une passion pour l’étude des particules dans les écosystèmes marins, à l’aide de l’analyse de données et de la modélisation numérique.

Depuis février 2020, Sylvain a collaboré avec l’Institut de Recherches Halieutiques et Océanologiques du Bénin (IRHOB) et l’équipe ECOMOD de l’Institut des Sciences naturelles. Cela a été réalisé dans le cadre des projets Shrimp-I (Application du modèle COHERENS pour améliorer la gestion des stocks de crevettes au Bénin) et Shrimp-II (Application du modèle COHERENS à l’analyse du cycle de vie des crevettes et des huîtres pour mieux gérer leurs stocks dans les eaux Béninoises). Ces projets ont été financés par la Direction Générale de la Coopération au Développement et de l’Aide Humanitaire (DGD) dans le cadre du programme CEBioS (Capacités pour la biodiversité et le développement durable).

Des défis géopolitiques au renforcement des capacités pour les opérations de garde-côtes

Les 11 et 12 février 2026, l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) a accueilli dans ses locaux de Lisbonne le premier atelier thématique du programme 2026 du Forum européen des garde-côtes (ECGFF). La Belgique y a participé avec des représentants de la DG Transport maritime (Stefanie Monsaert), de l’Agence des services maritimes et côtiers (Yves Maekelberg), des garde-côtes (Eefje Deweer) et du Service scientifique « Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord » de l’Institut des Sciences naturelles (Kobe Scheldeman).

Surveillance multifonctionnelle et complémentaire

Une surveillance moderne et efficace des garde-côtes nécessite une approche multifonctionnelle, dans laquelle différents moyens — tels que les satellites, les drones (sous-marins et aériens), les avions, les navires et les systèmes terrestres — sont déployés de manière complémentaire. Aucun outil ne peut, à lui seul, répondre aux défis maritimes complexes d’aujourd’hui.

Grâce à la coopération entre agences et États membres, et à la combinaison des technologies, une image maritime robuste et quasi en temps réel peut être établie. Cela permet de coordonner efficacement les missions liées à la sécurité, à la protection de l’environnement, au contrôle des pêches et à l’application de la loi.

Évolutions géopolitiques et impact opérationnel

Les participants ont examiné l’évolution rapide du contexte géopolitique et ses conséquences sur les opérations maritimes quotidiennes. On constate notamment une augmentation récente des navires sous faux pavillon et des activités de la « flotte fantôme » : des navires anciens, mal entretenus, dont l’authenticité du pavillon et des documents d’assurance est difficile à vérifier, ce qui accroît le risque d’incidents.

En mutualisant l’expertise, en partageant les informations opérationnelles entre États membres et en les enrichissant avec des données complémentaires, des progrès sont réalisés afin de mieux identifier et cartographier ces navires. Nombre d’entre eux n’entrent jamais dans un port et poursuivent leurs activités en mer via des transferts de cargaison de navire à navire, avec tous les risques que cela comporte. Le principe de la liberté de navigation demeure essentiel, mais il complique les efforts de contrôle et d’application.

Les agences européennes renforcent leur soutien

L’AESM a présenté une mise à jour de ses services, avec une attention particulière portée au développement de sa capacité en véhicules sous-marins téléopérés (ROV). Ces systèmes peuvent opérer jusqu’à 3 000 mètres de profondeur et sont utilisés pour des missions telles que la cartographie de câbles, d’ancres et d’épaves. La Belgique a déjà fait appel à ces services au cours des deux dernières années.

L’Agence européenne de contrôle des pêches (AECP) a présenté un calendrier relatif aux nouvelles réglementations et aux outils technologiques, tels que les hydrophones (détection de la pêche illégale par analyse acoustique), les kits ADN (identification des espèces de poissons), les images satellitaires, le Remote Electronic Monitoring (REM), les drones (UAV) et l’intelligence artificielle. Bien que ces technologies n’aient pas été initialement conçues spécifiquement pour le contrôle des pêches, les adaptations nécessaires sont actuellement mises en œuvre afin d’optimiser leur utilisation dans ce domaine.

Frontex a présenté les possibilités de déployer ses aéronefs pour différentes fonctions de garde-côtes. Ces appareils fournissent une connaissance de la situation maritime, peuvent zoomer sur des navires suspects et transmettre des images vers les centres opérationnels à terre presque en temps réel. En cas d’incident, leurs plans de vol peuvent être rapidement adaptés.

La nécessité d’un nouvel avion belge des garde-côtes

Les conclusions de l’atelier soulignent une réalité claire : la surveillance maritime devient plus complexe sur le plan technologique, plus sensible sur le plan géopolitique et plus exigeante sur le plan opérationnel. Dans ce contexte, la capacité aérienne n’est pas un luxe, mais un maillon essentiel du système européen intégré de surveillance dans lequel opèrent notamment l’AESM et Frontex.

Après plus de 30 ans de surveillance aérienne réussie, il convient de constater que l’avion belge des garde-côtes est une plateforme vieillissante qui atteindra 50 ans cette année. Bien qu’il ait longtemps constitué un outil fiable pour la protection de l’environnement, la sécurité et l’application du droit maritime, il ne répond plus aux exigences des opérations de plus en plus délicates et technologiquement intensives attendues aujourd’hui d’un État côtier.

L’augmentation des flottes fantômes, le spoofing GPS, les transports énergétiques complexes et des obligations européennes plus strictes nécessitent des capteurs modernes, un traitement des données en temps réel et une interopérabilité accrue avec les partenaires européens. Le remplacement de l’appareil actuel est dès lors indispensable afin de garantir la continuité de ces missions.

Sans un nouvel avion des garde-côtes, la Belgique risque de ne plus disposer d’une plateforme adaptée pour la surveillance aérienne. Cela compromettrait sérieusement sa capacité à respecter ses obligations nationales et internationales en matière de protection de l’environnement, de gestion de crise, de sécurité et de sûreté en mer du Nord.

Au sein de la Garde côtière, sous la coordination de la Défense et de l Institut des Sciences naturelles, un travail intensif est donc mené avec l’ensemble des partenaires concernés afin de préparer et de concrétiser le remplacement de l’appareil, garantissant ainsi à la Belgique une capacité de surveillance aérienne moderne, performante et interopérable pour l’avenir.

© Ben Ullings

Vidéo de l’opération maritime polyvalente 2025

De fin mai à octobre 2025, les garde-côtes belges et français ont coopéré dans le cadre d’une opération maritime polyvalente (Multipurpose Maritime Operation – MMO) dans le sud de la mer du Nord. La MMO est une opération maritime à grande échelle coordonnée par l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) et l’Agence européenne de contrôle des pêches (AECP), avec le soutien de l’UE, organisée en appui aux États membres européens.

Dans le cadre de l’opération MMO 2025, diverses autorités belges (flamandes et fédérales) et françaises des garde-côtes ont uni leurs forces pour mener à bien diverses missions dans le domaine de la sécurité maritime, de la lutte contre la pollution, de la protection de l’environnement, du contrôle des pêches ou du contrôle des frontières.

Une vidéo sur l’opération MMO 2025 couronnée de succès est désormais disponible :

En tant que partenaire des garde-côtes belges, le service scientifique « Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord (UGMM) » de l’Institut des Sciences naturelles a participé à l’opération. Cela a impliqué une coopération étroite avec divers partenaires, notamment la marine belge, la Direction générale de la navigation, la Direction générale de l’environnement, les services maritimes et côtiers flamands, les autorités françaises et l’AESM.

Compte tenu des nombreux défis auxquels est confrontée la garde côtière dans le sud de la mer du Nord et de l’importance de la coopération sous-régionale à cet égard, les préparatifs sont actuellement en cours pour une nouvelle MMO encore plus globale en 2026. De plus amples informations sur la MMO 2026 seront communiquées dans le courant de l’année.

La Belgique renforce son rôle dans la politique mondiale de lutte contre la pollution atmosphérique maritime à l’OMI

Du 9 au 13 février, Marie-Lucie Susini (SPF Mobilité et Transports, Cheffe de délégation), Diederik Wéreau (SPF Mobilité et Transports) et Jean-Baptiste Merveille (Institut des Sciences naturelles) ont représenté la Belgique lors de la 13ᵉ réunion du Sous-comité sur la prévention et la lutte contre la pollution (PPR13) de l’Organisation maritime internationale (OMI) à Londres, au Royaume-Uni.

La Belgique a contribué activement aux discussions sur les émissions atmosphériques des navires, avec un accent particulier sur les oxydes d’azote (NOx). Notre délégation a soutenu l’élaboration de réglementations internationales efficaces dans ce domaine et a participé aux débats techniques afin de garantir que les futures normes permettent des réductions d’émissions réelles et mesurables.

Un atout majeur de la contribution belge est le suivi basé sur des données scientifiques : depuis 2020, la Belgique surveille les émissions de NOx des navires en mer avec l’avion des garde-côtes, fournissant des informations précieuses pour éclairer l’élaboration des politiques internationals.

La session PPR13 a posé des bases constructives pour les travaux futurs, marquant le début d’un processus pluriannuel qui se poursuivra pendant au moins deux années supplémentaires.

En parallèle, l’étude belge sur les émissions de carbone noir a été mentionnée à plusieurs reprises lors des discussions sur la réduction de l’impact du carbone noir dans l’Arctique, soulignant la pertinence mondiale de nos recherches.

La Belgique reste pleinement engagée tout au long des discussions, réaffirmant son engagement en faveur de la durabilité, des politiques fondées sur la science et du partage international des connaissances.

Premiers résultats prometteurs de la restauration des récifs d’huîtres belges

Des chercheurs de l’Institut des Sciences naturelles confirment la survie et la croissance des jeunes huîtres plates européennes relâchées en juillet 2025 dans le cadre du projet BELREEFS. Ce suivi est rendu possible grâce à un programme de surveillance intelligent permettant une cartographie précise et à long terme du développement du récif. Les premiers résultats sont prometteurs pour la restauration des récifs d’huîtres plates en mer au large des côtes belges.

Brique extraite en septembre 2025, montrant des huîtres (Ostrea edulis) jeunes survivantes et élevées, ainsi que des crabes porcelaines (Pisidia longicornis). (© Institut des Sciences naturelles / MARECO)

En juillet 2025, plus de 200 000 jeunes huîtres plates (Ostrea edulis) ont été relâchées sur les fonds marins de la partie belge de la mer du Nord, à environ 30 km des côtes et à 30 m de profondeur. Les huîtres ont été semées sur des briques d’argile biodégradables, installées à un endroit soigneusement sélectionné, sur un substrat dur naturel (gravier), au sein de la zone Natura 2000 des « Banques flamandes ». L’huître plate européenne est une espèce ingénieure d’écosystème : elle forme des récifs qui créent des habitats pour d’innombrables autres espèces et, en tant qu’organisme filtreur, contribue à la clarté de l’eau. Cependant, en raison de la surpêche et de la destruction de son habitat, cette importante espèce indigène avait presque complètement disparu de notre pays.

Cette introduction à grande échelle s’inscrivait dans le cadre de BELREEFS, premier projet pilote en mer visant à restaurer les récifs d’huîtres plates européennes dans les eaux belges. Commandité par l’État belge (service Milieu Marin du Service public fédéral Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement), le projet BELREEFS réunit l’expertise du Groupe Jan De Nul, de l’Institut des Sciences naturelles (équipe Écologie et gestion marines – MARECO), de Shells & Valves et de Mantis Consulting. Les techniques testées dans le cadre de ce projet soutiendront de futurs projets de restauration de la nature à grande échelle et contribueront à la vision plus large de la Belgique en matière de restauration de la nature, notamment au sein des sites Natura 2000.

Surveillance intelligente

L’équipe de suivi du projet BELREEFS de l’Institut des Sciences naturelles a élaboré un plan rigoureux pour surveiller l’évolution du récif. Elle suit de près les paramètres clés définis par la Native Oyster Restoration Alliance (NORA), tout en adaptant les protocoles aux conditions marines difficiles. Cette approche permet à BELREEFS de générer des données comparables à celles des autres initiatives de restauration européennes. Plusieurs de ces indicateurs nécessitent la récolte d’huîtres et de substrat récifal pour analyse, ce qui requiert une méthode de suivi adaptée.

Pour répondre à ces exigences de suivi, Jan De Nul a conçu des cages de surveillance sur mesure permettant un suivi fiable, standardisé et à long terme. Chaque cage contient une sélection de briques d’argile semées, suffisamment espacées pour permettre leur exposition à l’environnement. Le déploiement et la récupération des cages peuvent être effectués régulièrement, soit grâce à un système de largage acoustique (grâce à l’implication de l’Institut des Sciences naturelles au sein de la branche belge du Centre européen de ressources biologiques marines en Belgique – EMBRC Belgium), soit par des plongeurs scientifiques.

La première cage de surveillance BELREEFS a été récupérée par le navire STREAM en septembre 2025. (© Institut des Sciences naturelles / MARECO)

Premiers résultats

Avec l’aide de l’équipage du navire STREAM, la première cage de surveillance a été remontée à la surface en septembre 2025 grâce au système de largage acoustique. Sur place, les chercheurs ont déterminé la survie, la croissance et la densité des huîtres et ont constaté la présence de naissains. De plus, la faune fixée et mobile présente sur les briques d’argile a été identifiée, et des espèces plus petites et plus difficiles à identifier ont également été prélevées pour être analysées en laboratoire.

Tous les échantillons ont été traités. Outre la confirmation de la survie et de la croissance des huîtres, les observations ont également révélé l’existence d’interactions écologiques actives sur le substrat récifal. Des signes de compétition pour l’espace et la présence de prédateurs potentiels ont été constatés, et ces dynamiques seront étudiées plus en détail au cours des prochaines années lors d’un suivi ultérieur.

« Le suivi initial a donné des résultats prometteurs. Nous attendons avec intérêt la suite des investigations et espérons que les jeunes huîtres formeront un véritable récif d’huîtres, là où existaient de grands récifs il y a plus de 100 ans. La découverte d’une colonisation par des larves d’huîtres sauvages renforce encore notre enthousiasme. C’est un signe très encourageant pour la restauration future des récifs d’huîtres. » – Thomas Kerkhove – MARECO, Institut des Sciences naturelles

Le programme de suivi BELREEFS se poursuivra dans les prochaines années avec la récupération de deux cages de surveillance supplémentaires. Ces observations à long terme permettront de mieux comprendre le développement des récifs, les interactions écologiques et le succès des efforts de restauration dans des conditions marines dynamiques. Ces informations seront essentielles pour les futurs plans de restauration à grande échelle dans la partie belge de la mer du Nord et viendront enrichir les connaissances acquises ces dernières décennies sur le rétablissement des huîtres plates européennes.

Récupération de la première cage de surveillance BELREEFS à bord du navire STREAM en septembre 2025. (© Institut des Sciences naturelles / MARECO)

 

BELREEFS est une collaboration entre Jan De Nul, l’Institut des Sciences naturelles, Shells & Valves et Mantis Consulting et est réalisée pour le compte du Service public fédéral Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement dans le cadre de l’action T4.8 du projet LIFE B4B (101069526).

Les huîtres ont été élevées en collaboration avec la fondation néerlandaise « Stichting Zeeschelp » et « Oyster Heaven (Mother Reef) ». Pour tous nos projets, nous collaborons avec des experts internationaux de la Native Oyster Restoration Alliance (NORA) et suivons leurs recommandations. Cela nous permet de bénéficier des meilleures connaissances disponibles, des technologies de pointe et d’une expérience reconnue dans le secteur.

Les émissions de carbone noir provenant des navires mises en évidence

Les émissions de carbone noir provenant des navires dans le sud de la mer du Nord ont été mises en évidence à l’aide du capteur “renifleur” de l’avion de surveillance de la garde côtière belge. Les résultats préliminaires indiquent que ces émissions sont plus élevées qu’on ne le pensait auparavant et fournissent une base scientifique pour l’élaboration de réglementations internationales et de politiques de transport maritime durables.

L’avion de la garde côtière lors d’une mission de détection au-dessus de la partie belge de la mer du Nord © NL Coast Guard

Depuis 2015, l’avion de la garde côtière belge est équipé d’un « reniffleur » qui lui permet de mesurer la concentration de polluants dans les émissions des navires en mer. Initialement, le système a été intégré à l’avion afin de surveiller et d’étudier les émissions d’oxydes de soufre (SOx), mais au fil des ans, il a été étendu pour pouvoir détecter d’autres polluants. Ainsi, depuis 2020, les oxydes d’azote (NOx) sont également mesurés tout comme le carbone noir à partir de 2021.

En juin 2025, l’équipe de surveillance aérienne (SURV) a publié un article scientifique dans la revue Atmosphere décrivant les émissions de carbone noir provenant du trafic maritime dans le sud de la mer du Nord et la Manche, sur la base de 886 mesures effectuées entre 2021 et 2024. Il s’agit de la première étude scientifique de cette envergure qui rassemble et analyse des mesures réelles du carbone noir émis par les navires. Les mesures ont été réalisées dans les zones maritimes de la Belgique, des Pays-Bas, de la France et du Royaume-Uni.

C’est quoi, le « carbone noir » ?

Le carbone noir, souvent appelé « black carbon » en anglais, est une catégorie de particules fines contenant du carbone et mesurant moins de 2,5 micromètres (1 micromètre ou 1 µm, c’est un millième de millimètre). Il vient surtout de la combustion incomplète de combustibles contenant eux-mêmes du carbone, comme les combustibles fossiles (du genre diesel et charbon), mais aussi la biomasse (bois) et les biocarburants.

En tant que particule fine, le carbone noir a un impact sur la santé des gens qui y sont exposés. Même si l’impact exact du carbone noir sur le climat fait encore débat et qu’il n’est pas classé comme gaz à effet de serre, il est clair qu’il contribue de manière significative au changement climatique. C’est notamment dû à sa capacité à absorber le rayonnement solaire lorsqu’il se dépose sur la glace polaire, la rendant ainsi plus sombre.

Répartition spatiale des mesures des émissions de carbone noir, avec codage couleur des niveaux mesurés (en g de carbone noir/kWh)

Interprétation des résultats

Cette étude à long terme a abouti à un certain nombre de conclusions qui seront affinées à l’avenir grâce à des données supplémentaires. La conclusion principale est que les mesures atmosphériques des émissions de carbone noir par les navires en mer sont effectivement possibles et que le protocole d’observation associé permet d’obtenir des informations précieuses sur l’ampleur réelle de ces émissions. Jusqu’à présent, ces informations étaient dérivées de mesures effectuées dans des environnements contrôlés et simulés et non pas en mer, dans les conditions du monde réel.

Les données indiquent en outre que les émissions réelles de carbone noir des navires pourraient avoir été sous-estimées. Il apparaît par ailleurs que les carburants conformes à l’ECA (carburants à faible teneur en soufre autorisés dans la « zone de contrôle des émissions » dont fait partie la mer du Nord) contribuent à une réduction significative des émissions de carbone noir. En outre, il apparaît que la charge du moteur semble être un facteur déterminant pour les émissions de carbone noir.

La science au service d’une durabilité accrue

Les émissions de carbone noir provenant du transport maritime ne sont pas encore réglementées, bien que des discussions soient en cours depuis 2011 afin de trouver les meilleurs moyens de limiter ces émissions et leur impact. Ces discussions ont notamment lieu au sein de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), une agence spécialisée des Nations unies chargée d’élaborer des règles internationales relatives à la sécurité et à la sûreté du transport maritime, mais aussi à la prévention de la pollution marine et atmosphérique par les navires.

Pour mener ces discussions, l’OMI a bien sûr besoin de données scientifiques solides, et c’est là que la nouvelle étude menée au sein de l’Institut belge peut jouer un rôle important. La Belgique, représentée au sein de l’OMI par la Direction générale de la navigation (Service public fédéral Mobilité et Transports), a porté les recherches de l’Institut des Sciences naturelles à l’attention de la communauté maritime internationale ici le 21 novembre 2025. La Belgique souhaite ainsi sensibiliser davantage à la problématique du carbone noir et fournir des éléments concrets pour soutenir l’élaboration d’une réglementation efficace en matière d’émissions de carbone noir par le transport maritime.

La Belgique a par ailleurs été élue membre du Conseil de l’OMI à Londres le 26 novembre 2025, notamment grâce aux efforts continus de la DG Navigation. L’élection au Conseil, ensemble avec la formalisation et la transmission des connaissances scientifiques belges à l’OMI démontrent l’importance que notre pays accorde à la coopération scientifique et politique internationale, ainsi que son soutien à la transition vers un secteur maritime durable et moins polluant.

L’avion de surveillance de la garde côtière est la propriété de l’Institut des Sciences naturelles et ses pilotes sont issus de la Défense. Le service scientifique « Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord » (UGMM) de l’Institut est responsable de la mise en œuvre du programme national de surveillance aérienne au-dessus de la mer du Nord et fournit les opérateurs scientifiques de l’avion.

Une collection de sons en ligne centralise les enregistrements de chauves-souris en Belgique

Les chercheurs et les passionnés de nature peuvent désormais écouter près de deux millions d’enregistrements de chauves-souris belges grâce à DASA (Digital Animal Sound Archive). Cette plateforme centralise l’accès à ce vaste corpus de sons, soutient la recherche scientifique, et encourage son utilisation pour les études d’impacts environnementaux et l’élaboration de politiques.

Sérotine commune (Cnephaeus serotinus) © Institut des Sciences naturelles/MARECO (Yves Laurent)

Comme de nombreuses autres espèces animales (baleines, insectes, oiseaux, etc.), les chauves-souris émettent des sons, notamment pour localiser leurs proies ou s’orienter. Il s’agit d’ultrasons à hautes fréquences, souvent inaudibles ou difficiles à percevoir pour l’homme, mais enregistrables. Ces enregistrements offrent un potentiel considérable pour l’étude de la répartition et du comportement des différentes espèces, ainsi que pour l’évaluation de l’impact des activités humaines. Ceci est valable aussi bien sur terre qu’en mer, puisque les chauves-souris sont également observées en milieu marin.

Jusqu’à présent, les enregistrements sonores de chauves-souris belges disponibles étaient conservés uniquement dans les archives, difficilement accessibles, de particuliers ou d’organisations. Ils risquaient alors de disparaître rapidement, par exemple parce qu’ils étaient supprimés après analyse. Le Digital Animal Sound Archive (DASA) rassemble désormais ces enregistrements dans un système unique, standardisé, sécurisé et interrogeable.

Un détecteur de chauves-souris enregistre les sons des chauves-souris dans un parc éolien offshore belge. © Institut des Sciences naturelles/MARECO

Également grâce aux citoyens scientifiques

DASA est bien plus qu’une simple collection de sons pour scientifiques professionnels. Après avoir créé un compte, toute personne intéressée, professionnelle ou citoyenne, peut télécharger et écouter des enregistrements audio. De plus, chaque membre peut y déposer ses propres enregistrements. Cela permet aux citoyens scientifiques de sauvegarder leurs propres données pour l’avenir, enrichissant ainsi la collection, et augmentant son potentiel pour des applications scientifiques et d’aide à la décision. À ce jour, 24 % des observations ont été collectées par des citoyens scientifiques, une proportion qui augmentera sans aucun doute à l’avenir.

Enfin, toute personne inscrite peut contribuer à l’expertise  des enregistrements, ou proposer une autre espèce pour une identification existante. Identifier l’espèce à laquelle un enregistrement se rapporte n’est pas toujours chose aisée, notamment chez les chauves-souris, et exige une connaissance approfondie du sujet. C’est pourquoi des spécialistes des chauves-souris sont sollicités pour valider les observations, garantissant ainsi leur attribution à l’espèce correcte avec fiabilité.

Une mine d’informations

« DASA regroupe actuellement près de deux millions de détections de chauves-souris réalisées par des scientifiques professionnels et des citoyens. Il s’agit d’une base de données unique qui pérennise l’utilisation des observations et des enregistrements sonores pour la recherche sur la nature en Belgique », explique Robin Brabant, coordinateur du projet à l’Institut des Sciences naturelles.

Environ la moitié de ces observations de chauves-souris sont associées à des enregistrements sonores. Cependant, les observations restantes sont également très précieuses car elles permettent de déterminer la répartition et les tendances des différentes espèces.

Sonogramme de la phase d’approche et de capture d’une proie par la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) © Institut des Sciences naturelles

Bob Vandendriessche, président du groupe de travail sur les chauves-souris de Natuurpunt, explique plus en détail la valeur ajoutée d’une plateforme dédiée comme DASA : « Les plateformes existantes telles que observations.be ne sont pas conçues pour recevoir et exploiter des ensembles de données aussi massifs. Bien que le nombre de personnes collectant des données acoustiques à grande échelle soit relativement faible, le volume de données peut rapidement devenir considérable. La taille et l’importance des métadonnées associées sont également bien supérieures à celles des autres données biologiques, ce qui rend une plateforme distincte souhaitable. »

DASA est la première plateforme belge à structurer les données bioacoustiques selon les normes internationales et à les relier aux plateformes internationales de biodiversité telles que le Système mondial d’information sur la biodiversité (Global Biodiversity Information Facility – GBIF). Son infrastructure est également évolutive. Outre les enregistrements de sons de chauves-souris, des enregistrements d’autres groupes d’animaux, comme les mammifères marins et les insectes, y seront ajoutés ultérieurement. Cependant, l’accent reste mis sur les données belges.

 

Le projet DASA (Digital Animal Sound Archive) est une collaboration entre l’Institut des Sciences naturelles, Natagora et Natuurpunt. La plateforme a été développée grâce à un financement de la Politique scientifique fédérale (BELSPO).

Toutes les données sont conformes aux principes FAIR (Faciles à trouver, Accessibles, Interopérables, Réutilisables) et à la directive européenne sur les données ouvertes, ce qui les rend utilisables dans le monde entier à des fins scientifiques, politiques et éducatives.

10 ans d’EMBRC Belgique : moteur d’innovation dans la recherche marine

Le 9 décembre, la branche belge du Centre européen de ressources biologiques marines (EMBRC) a célébré son dixième anniversaire à l’Institut des Sciences naturelles. Au cours de la dernière décennie, cette initiative a considérablement renforcé l’accès à des infrastructures de recherche de haute qualité, à l’expertise et aux collaborations internationales. Cet anniversaire a été l’occasion idéale de revenir sur cet impact et de définir les orientations pour les années à venir, en mettant l’accent sur la collaboration, la durabilité et l’innovation scientifique.

Juin 2024 : Des collecteurs de naissains d’huîtres sont déployés dans le Jardin de substrats durs artificiels, une installation expérimentale marine mise à la disposition de la communauté scientifique et de l’industrie par EMBRC Belgique. (© Institut des Sciences naturelles)

La branche belge du Centre européen de ressources biologiques marines (EMBRC-BE) a célébré ses dix ans d’activité le mardi 9 décembre 2025. EMBRC-BE fait partie du réseau de recherche paneuropéen EMBRC-ERIC (Consortium pour une infrastructure européenne de recherche), qui vise à approfondir nos connaissances sur la biodiversité et le fonctionnement des mers côtières européennes. EMBRC-ERIC soutient et coordonne la recherche marine à travers l’Europe en donnant aux chercheurs accès à des laboratoires de pointe dans des stations marines et des instituts de recherche.

Le milieu marin recouvre 71 % de la surface de notre planète et est essentiel à toute vie sur Terre ainsi qu’à de nombreuses activités humaines. Les mers et les océans produisent environ la moitié de l’oxygène que nous respirons. Ils stockent d’importantes quantités de CO2, atténuant ainsi les effets du changement climatique. Parallèlement, ils constituent une source de nourriture, d’énergie et d’emplois pour des millions de personnes à travers le monde.

« De plus, le milieu marin est désormais utilisé pour la production d’énergies renouvelables ou l’aquaculture. Il est donc crucial de bien comprendre le fonctionnement de l’écosystème marin et la manière d’utiliser durablement les ressources marines », explique Jan Vanaverbeke, de l’Institut des Sciences naturelles et de l’Université de Gand, qui a participé au lancement d’EMBRC-BE.

La recherche marine demeure un défi

Cependant, la recherche sur les écosystèmes marins est complexe. L’accès à la mer est souvent difficile et les instruments spécialisés nécessaires sont fréquemment coûteux et difficiles à se procurer pour de nombreux groupes de recherche. EMBRC Belgique contribue à lever ces obstacles. Ce consortium réunit les atouts des institutions belges de recherche marine et met à la disposition de tous ceux qui souhaitent mener des recherches sur ou avec des organismes marins des infrastructures et une expertise de haut niveau.

« De cette manière, l’excellence scientifique n’est pas entravée par des considérations pratiques, et les recherches potentiellement révolutionnaires ne sont pas freinées par des contraintes locales », déclare Nicolas Pade, directeur européen de l’EMBRC, venu assister à la célébration à l’Institut des Sciences naturelles pour le dixième anniversaire de la branche belge.

© EMBRC-BE, UGent

EMBRC Belgique trace la voie de l’avenir

Depuis 2025, Marleen De Troch (Université de Gand) dirige EMBRC Belgique. Ses ambitions pour les années à venir sont claires : promouvoir davantage la collaboration entre les groupes de recherche, soutenir les jeunes chercheurs et renforcer les liens entre science, politique et économie bleue.

Marleen De Troch : « Ce financement fait une réelle différence. Nous soutenons d’importants axes d’innovation belges dans l’économie bleue, l’écologie et la conservation de la nature, comme le développement de panneaux solaires flottants, l’aquaculture durable et la restauration des récifs d’huîtres. Les services scientifiques d’EMBRC-BE ont également permis la publication de plus de 300 articles scientifiques au cours des dix dernières années. »

L’expertise sans cesse croissante et la réputation internationale qui en découle de la communauté scientifique marine belge ont également permis aux chercheurs belges de participer à 40 projets de recherche européens. De cette manière, un financement important est réinjecté dans nos institutions de recherche.

« Notre objectif reste le même : lever les obstacles, encourager la collaboration et renforcer la recherche marine en Belgique. Nous souhaitons également mettre davantage l’accent sur l’innovation, le partage des connaissances et la durabilité au cours des dix prochaines années », conclut De Troch.

 

EMBRC-Belgique est une collaboration entre différents groupes de recherche de l’Université de Gand, de l’Institut flamand de la mer (VLIZ), de l’Université de Hasselt, l’Université catholique de Louvain et de l’Institut des Sciences naturelles, financée par des fonds de recherche flamands et fédéraux. Au sein de cette collaboration, l’Institut des Sciences naturelles renforce le consortium grâce à ses activités de suivi et ses recherches spécialisées sur les récifs artificiels.