Transformer les bonnes intentions en impact mesurable – une évaluation de l’application de la conception intégrant la nature dans les infrastructures marines.

Ce printemps, la revue « ICES Journal of Marine Science » a publié une étude de synthèse, dirigée par Steven Degraer de l’Institut des Sciences naturelles, sur l’application de la conception intégrant la nature pour accroître la valeur écologique des infrastructures marines. Bien que ces solutions innovantes soient généralement bien accueillies, l’article souligne la nécessité d’objectifs plus concrets et de critères de suivi afin que les projets puissent réellement tenir leurs promesses.

©Sand Dollar Sports (CC 4.0)

La conception intégrant la nature (Nature-inclusive Design – NID) désigne généralement l’intégration de caractéristiques écologiques ou la création d’habitats supplémentaires autour des infrastructures marines. Dans l’article de synthèse intitulé « Rethinking the responsible application of nature-inclusive design in marine infrastructure to restore ecosystems and enhance biodiversity (Repenser l’application responsable de la conception intégrant la nature aux infrastructures marines pour restaurer les écosystèmes et améliorer la biodiversité) », les auteurs soulignent que le terme actuel manque de précision et recouvre un large éventail de stratégies et d’approches. Ils proposent un cadre qui subdivise le terme générique de « conception intégrant la nature » en trois catégories : le NID restaurateur, le NID créatif par l’optimisation des infrastructures et le NID créatif par l’ajout de structures.

« Nous proposons de faire une distinction entre le NID qui contribue à la restauration des valeurs écologiques perdues (c’est-à-dire le NID restaurateur) et le NID qui promeut ou renforce les valeurs écologiques au-delà de ce que l’environnement local peut offrir naturellement (c’est-à-dire le NID créatif) », explique Steven Degraer.

Un des points clés de l’article est que le NID créatif se situe sur une frontière ténue entre optimisation et remplacement. Alors que le NID via une infrastructure optimisée reste limitée à la structure elle-même (comme par exemple le pieu de fondation d’une éolienne), le NID par des ajouts va plus loin : des habitats supplémentaires sont créés à proximité immédiate de la structure. L’article cite en exemple la construction de récifs artificiels entre les éoliennes d’un parc éolien néerlandais. Dans ce cas, l’objectif de l’habitat artificiel n’était pas de reproduire la situation initiale avant l’arrivée du parc éolien, mais plutôt de remplacer l’habitat naturel par un environnement favorisant la biodiversité.

Illustration de Hendrik Gheerardyn dans Degraer et al., 2026

L’étude met en garde contre le fait qu’une augmentation du nombre d’espèces présentes n’apporte pas nécessairement de valeur écologique à un lieu, ni ne constitue un indicateur de la santé globale de l’écosystème local. Il convient donc de privilégier la promotion des fonctions écologiques plutôt que les indicateurs structurels de biodiversité (tels que la richesse spécifique, la densité ou la biomasse). On peut citer comme exemples les abris, les nurseries, les frayères ou les cycles des nutriments. Les auteurs soulignent que de telles initiatives requièrent des objectifs clairement formulés et une évaluation continue, de préférence selon les principes SMART (Spécifiques, Mesurables, Acceptables, Réalistes et Temporellement définis). Sans objectifs clairs et sans preuve de valeur ajoutée écologique, l’approche NID risque de ne pas atteindre les résultats positifs escomptés.

« En approfondissant notre compréhension des écosystèmes marins et en appliquant ces connaissances à la conception des infrastructures, le NID peut nous aider à vivre en meilleure harmonie avec la nature, ce qui profite à la fois à la biodiversité et aux besoins humains », ajoute Steven.

En conclusion, l’étude considère le NID comme une approche prometteuse, mais souligne la nécessité de rester prudent. Le NID offre des opportunités de restaurer les valeurs écologiques perdues et de compenser les effets négatifs potentiels des infrastructures marines. Parallèlement, il est essentiel de veiller à ce que les avantages écologiques soient substantiels, bien étayés et durables.

 

Header image: ©Louisiana Sea Grant College Program, Louisiana State University (CC 2.0).