Suivez la migration de Cygnes de Bewick équipés d’un émetteur GPS !

Le Cygne de Bewick est un espèce arctique qui niche exclusivement dans les toundras de Russie, des rives de la mer de Kara à celles du détroit de Béring.

Le « Bewick » se distingue facilement du Cygne tuberculé Cygnus olor, que l’on rencontre communément en Europe et singulièrement en Belgique, par son bec jaune et noir et par sa taille beaucoup plus petite.

Le Cygne de Bewick est la plus petite espèce de cygne d’Eurasie (photo Didier Vangeluwe).

Le Cygne tuberculé a typiquement le bec orange (photo Didier Vangeluwe).

La différence entre un Cygne de Bewick et un Cygne chanteur Cygnus cygnus – la troisième espèce de cygne d’Eurasie – est beaucoup moins simple ! Le Cygne chanteur a aussi du jaune sur le bec mais plus largement. Il est de plus grande taille que le Bewick et est peut-être le plus facilement distingué par son long, très long cou avec une tête passive et un bec puissant. En comparaison, le Bewick est délicate et mince. La voix pourra aussi aider à l’identification. Le Cygne tuberculé est muet … mais émet un bruit très particulier avec ses ailes lorsqu’il vole. Les Cygnes de Bewick et chanteur sont loquaces, émettant souvent un «Whoop- Whoop Whoop » qui est plus profond et plus fort, avec un deuxième syllabe supérieure, chez le Chanteur par rapport au Bewick.

La tête triangulaire et le bec massif sont typiques du Cygne chanteur (photo Didier Vangeluwe).

Les conditions météorologiques qui prévalent pendant l’hiver dans la toundra ne permettent pas à un oiseau herbivore comme le Cygne de Bewick de rester toute l’année à proximité de son site de reproduction. C’est une espèce migratrice à longue distance. Mais tous les Cygnes de Bewick n’hivernent pas dans la même région. Trois zones distinctes ont été identifiées. L’une est centrée sur la mer du Nord, une autre se trouve dans le sud-est de la Chine et au Japon tandis que la troisième est située sur la rive sud de la mer Caspienne.

Trois zones d’hivernage ? Vraiment? Non! Depuis 1997, une nouvelle zone a été découverte en Grèce, dans le delta de l’Evros. Au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, le delta de l’Evros est l’une des zones humides côtières naturelles parmi les plus – sinon la plus – riche de la Méditerranée. En février 2018, près de 9500 Cygnes de Bewick y ont été dénombrés. Un spectacle incroyable ! Et un événement inhabituel étant donné que l’on est plutôt enclin ces dernières années à annoncer des déclins voire des extinctions …

Mais de quelles zones de reproduction proviennent ces cygnes ? Quelle route utilisent-ils pour relier l’Arctique à la Méditerranée ? Quels sont les facteurs qui rendent possible que des Cygnes de Bewick ont colonisé une nouvelle aire d’hivernage située minimum à 2000 km du site le plus proche connu «historiquement» ? Est-il nécessaire de prendre des mesures (de gestion ou légales) afin d’assurer leur avenir en Grèce ou dans d’autres zones de présence de l’espèce ?

Cela est particulièrement important étant donné qu’entre-temps le nombre de Cygnes de Bewick en hivernage dans la région de la mer du Nord a diminué de 30 % entre 1995 et 2010. Une baisse particulièrement importante et inquiétante !

Les ornithologues de l’Institut Severstov d’Ecologie et d’Evolution (Centre de Baguage de Russie), du Goose, Swan & Duck Study Group of Northen Eurasia et l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique (BeBirds – Centre Belge de Baguage), en partenariat avec l’Autorité de Gestion du Parc Naturel du Delta de l’Evros et l’Institut de Recherche forestière de Thessalonique ont uni leurs effort afin de lancer le programme « L’Odyssée du Cygne de Bewick – une nouvelle route vers la Grèce ». Ils ont ensuite été rejoint par le Research Center of Eco-Environnement Sciences de l’Académie des Sciences de Chine.

Le Research Center of Eco-Environnement Sciences de l’Académie des Sciences de Chine étudie très activement les migrations des oiseaux d’eau entre la Russie et le Sud-Est de l’Asie

.Afin de découvrir et d’étudier la connectivité (=les relations), entre les différentes zones de nidification et les sites d’hivernage, nous avons équipé entre 2015 et 2020, 80 Cygnes de Bewick d’un émetteur GPS. Cinquante-sept ont été marqué durant l’été dans la toundra de Russie, essentiellement à Yamal, et 23 en Belgique, durant l’hiver.

Vous pouvez découvrir ici les trajets de migration des 23 cygnes de Bewick marqués en Belgique au cours des 3 derniers hivers.

Les données sont mises à jour chaque semaine. Attention cependant, il n’y aura pas d’actualisation de la mi-mai à la mi-septembre car les cygnes nichent – ou estivent – dans la toundra de Russie et sont donc hors de portée d’un réseau GSM. Les données de localisation GPS sont cependant enregistrées dans l’émetteur afin d’être transmises dès que le cygne est de retour dans une zone couverte pas un réseau GSM.

Cliquez sur la phrase « Suivez la migration des oiseaux équipés d’une balise GPS… » qui se trouve au-dessus de ce texte. Vous obtenez alors une carte interactive. La ligne supérieure indique la date de la dernière mise à jour. En cliquant sur l’icône «information» vous trouverez un descriptif du programme et la liste des partenaires. En cliquant sur l’icône «couches » et ensuite sur le petit triangle à la hauteur de la ligne « The Odyssey of the Bewick’s Swan », vous pourrez visualiser les caractéristiques de chaque cygne suivi à partir du code unique de son collier émetteur. En cliquant sur l’icône « filtrer », vous aurez la possibilité de demander la visualisation du trajet d’un cygne particulier. Pour ce faire, il suffit d’encoder le code du collier émetteur dans la case « neckband » et ensuite de cliquer sur « fermer » en haut à droite de la page. L’icône « time manager » permet de sélectionner une période comme on sélectionne un cygne particulier.

Bien entendu ce travail de prospection, d’observation, de marquage, de gestion, d’analyse et de présentation des données, d’organisation du site web, est un véritable travail d’équipe ! Grand merci à tous, de Bellem à Salekhard, de Tielt à Moscou, de Pékin à Oud-Turnhout et Merksplas, de Damme à Surgut, d’Alexandroúpolis à Furnes, d’Ottignies à Thessalonique !

Bonnes observations !

Phénologie de migration post-nuptiale basée sur les oiseaux bagués en Belgique durant la période 2011-2020

Les migrations sont des phases cruciales du cycle annuel des oiseaux sauvages.

Dans certains cas, leur déroulement est inné, dans d’autres cas, il est acquis. Mais il s’agit toujours de réussir à rejoindre une zone à une autre, parfois, souvent, éloignées de milliers de kilomètres.

Le trajet demande des capacités remarquables d’orientation, de réaction par rapport aux conditions météorologiques, de choix et de disponibilité de zones de halte. La capacité de se nourrir efficacement durant les haltes afin de reconstituer les réserves d’énergie utilisées au cours de la première étape afin de pouvoir parcourir la suivante, et ainsi de suite, est également capitale.

La phénologie – le « timing » – de migration est un paramètre essentiel dans la réussite des migrations. L’oiseau doit partir à temps afin de rejoindre au bon moment son site de destination, en tenant compte des étapes à parcourir et des ressources de nourriture disponibles du début à la fin du trajet. Dans le cas des passereaux insectivores, ces ressources sont essentiellement fonction du cycle annuel, lui-même dépendant de la météo locale.

Certaines espèces/populations adaptent de manière constante leur timing de migration. D’autres semblent « calées » sur un agenda génétiquement prédéterminé.

Mais que se passe-t-il lorsque les conditions météorologiques sont particulières, lorsque la situation climatique évolue rapidement ? Dans quelle mesure les différentes espèces d’oiseaux réagissent-elles adéquatement ? Et si certaines ne le font pas, dans quelle mesure cela a-t-il une influence sur l’évolution de leur populations en terme d’abondance et de distribution ?

En étudiant la phénologie de migration de différentes espèces d’oiseaux bagués en Belgique en migration, nous souhaitons participer à cette évaluation.

Cette première présentation de résultats compile, par périodes de trois jours, les données de baguage récoltées dans toute la Belgique au cours des 10 dernières années. Les résultats sont exprimés en pourcentage du total d’oiseaux bagués de l’espèce concernée, durant la période de référence. La taille de l’échantillon (« n ») est présentée en regard de chaque graphique. Ces données sont particulièrement robustes considérant la taille des échantillons en regard de la haute densité de leur récolte – la superficie terrestre de la Belgique n’étant « que » de 30.528 km².

La variation interannuelle des pics d’abondance sera présentée dans un second temps.

Merci à tous les collaborateurs-bagueurs de l’IRSNB qui ont contribués à récolter ces données et merci à Paul Vandenbulcke qui a écrit papageno, le logiciel d’encodage de ces données.

 

Des émetteurs sur les cigognes du Zwin

Lundi 29 juin 2020, quatre nouvelles jeunes cigognes blanches ont été équipées d’émetteurs dans la réserve naturelle du Zwin à Knokke-Heist. En tant que tels, ils suivent les traces des trois cigognes juvéniles qui y ont été équipées d’émetteurs en 2019, en collaboration avec l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. Grâce aux émetteurs, les scientifiques sont capables de surveiller les cigognes en continu et d’obtenir des informations sur les routes migratoires, les zones d’hivernage et les dangers auxquels font face les cigognes. La recherche permet aussi d’estimer les conséquences de conditions changeantes pendant la migration et l’hivernage des cigognes.

Une des jeunes Cigognes blanches qui a été équipée d’un émetteur au parc naturel du Zwin en 2020, sur le nid avec un oiseau parent. 29 juin 2020 © IRSNB/K. Moreau

Pour les informations sur l’historique des cigognes blanches dans la réserve naturelle du Zwin, en Belgique et en Europe, et pour les détails de la conception et des aspects techniques des émetteurs de recherche belges, nous nous référons à l’article publié en 2019. Dans cette contribution, l’accent est mis sur ce que les cigognes équipées d’émetteurs nous ont appris pour le moment, et sur la suite de la recherche.

Aventures hivernales

La route qu’ont suivie les trois jeunes cigognes du Zwin (Emily en rouge, Reinout en vert et Hadewijch en bleu) après avoir été équipées d’émetteurs le 26 juin 2019 est résumée dans la vidéo d’animation ci-jointe, et commentée dans le texte suivant.

Après l’installation de leurs émetteurs, les jeunes cigognes sont encore restées dans leur nid pendant deux semaines. Le 10 juillet, leur premier vol a été enregistré, et pendant les semaines suivantes, elles ont largement exploré les alentours du Zwin. Le grand départ a eu lieu le 21 août. Les trois oiseaux sont partis ensemble (sans aucun doute en compagnie d’autres oiseaux de la même espèce, mais pas de leurs parents – on sait qu’ils passent l’hiver dans la réserve naturelle du Zwin) et ont traversé la France en 6 jours. Le 30 août, alors dans le Nord de l’Espagne, elles se sont séparées.

  • Emily se révéla être la plus pressée. Le premier septembre, elle était déjà près de Gibraltar, et le 23 septembre, elle traversa le détroit vers le Maroc. Après avoir erré un peu, elle s’est finalement installée dans une aire d’hivernage fixe vers la mi-novembre. Mais les choses ne se sont pas bien terminées pour elle : le 20 février, elle a percuté un pylône à haute tension et a été électrocutée.
  • Reinout, le frère d’Emily, était au contraire le moins pressé du trio. Il est resté près de Madrid jusqu’à début Octobre, avant d’aller plus loin au Sud de l’Espagne. C’est là qu’il passa l’hiver, dans la région de Séville. À la mi-mars, il a engagé son voyage de retour, en passant par la Belgique où il passa une nuit le 12-13 avril, puis a fait des allers-retours entre le centre des Pays-Bas et la partie limitrophe de l’Allemagne.
  • Hadewijch (venant d’un autre nid) est restée au Nord de l’Espagne jusqu’à la mi-septembre, mais a finalement fait la traversée vers l’Afrique le 30 septembre. Là, elle a aussi erré, et a fini par s’installer sur une zone fixe dans le Nord du Maroc vers la fin Novembre (mais dans une autre zone que celle d’Emily). À la fin Mars 2020, elle a à nouveau quitté cette zone et s’est dirigée vers le Nord. Après une longue pause dans le centre de la France, (mi-Avril à fin Mai), elle est revenue directement à la réserve naturelle du Zwin, où elle est arrivée le 3 juin et se trouve encore aujourd’hui.
Cigogne blanche Hadewijch de retour dans le parc naturel du Zwin, 8 juin 2020 © Zwin Nature Park

Découvertes intéressantes

Pour l’instant, seulement trois cigognes ont été suivies pendant un an, il s’agit donc d’un petit échantillon et il convient d’être prudent quant au lien entre des conclusions solides et les résultats. Mais nous pouvons certainement faire des observations intéressantes :

  • Les trois oiseaux sont partis en même temps, et sont restés ensemble sur une distance considérable (jusqu’à l’Espagne du Nord)
  • Même après s’être séparés, ils ont fréquenté les mêmes zones à plusieurs reprises, mais à différents moments à indique l’importance potentiellement exceptionnelle de certaines zones
  • La fréquentation de décharges est une caractéristique frappanteà intéressant par rapport à la question de l’impact de l’interdiction européenne de décharges de plein air (interdiction qui doit bientôt être appliquée dans la péninsule ibérique) sur les espèces qui ont appris à y chercher de la nourriture.
  • L’écrevisse américaine, une espèce exotique introduite, est un casse-croûte recherché dans les rizières espagnoles.
  • Un oiseau est resté en Europe, mais les deux qui ont atteint l’Afrique n’ont pas non plus traversé le Sahara.
  • Quand les oiseaux s’installent pour l’hiver, leur zone devient soudain très petite.
  • L’électrocution est un vrai danger pour les grands oiseaux (nous en avons la confirmation)
  • Les jeunes oiseaux montrent un grand désir d’exploration et entament leur retour assez tard, mais un retour à la région de naissance est déjà possible la première année.
Cigogne blanche, parc naturel du Zwin, 29 juin 2020 © IRSNB/K. Moreau

Poursuite de la recherche

Etant donné le petit échantillon et la durée limitée de l’enquête pour le moment, les découvertes ci-dessus ne doivent pas pour l’instant être considérées comme des conclusions significatives. C’est pourquoi les cigognes de 2019 continuent à être surveillées, et le 29 juin 2020, quatre cigognes supplémentaires ont été équipées d’émetteurs dans la réserve naturelle du Zwin. Cette fois-ci, elles viennent de trois différents nids. L’objectif est d’augmenter encore le nombre de cigognes dans les prochaines années. Par ailleurs, les émetteurs restent similaires à ceux de 2019. Ils pèsent seulement 25 grammes (moins d’un pourcent du poids des cigognes) et sont tout à fait durables. Travaillant sur l’énergie solaire, ils transmettent les données précises recueillies par leur GPS via le réseau GSM. Lorsqu’il n’y a pas de portée, tout est stocké dans une mémoire interne, et transmis lorsque cela est possible. Il y a aussi une communication avec les émetteurs dans les deux sens, par exemple la fréquence de transmission des détails de la localisation peut être ajustée.

Également, la recherche traditionnelle par baguage reste importante pour construire une base de connaissances et formuler des réponses au défi de la protection des cigognes, et des oiseaux migrateurs en général. Après tout, il ne suffit pas de protéger les oiseaux migrateurs dans leurs zones de reproduction, mais il est aussi nécessaire de les protéger dans leurs quartiers d’hiver et tout au long de leur route migratoire.

Les résultats de la recherche peuvent être suivis sur le site de la réserve naturelle du Zwin – Operatie Ooievaar.

Cigogne blanche baguée, parc naturel du Zwin, 29 juin 2020 © IRSNB/K. Moreau

Des noms pour les cigognes

Nous cherchons toujours des noms pour les quatre cigognes nouvellement équipées. Les propositions peuvent être déposées jusqu’au 10 juillet, accompagnées d’une courte justification pour les noms proposés. Le 15 juillet, les noms choisis seront annoncés.

Il faut savoir que le sexe des cigognes est presque impossible à déterminer de l’extérieur. Il peut seulement être vu avec certitude lors de l’accouplement selon la position prise par les deux partenaires. De ce fait, le sexe des jeunes oiseaux de 2019 n’est pas encore connu. Il est bien possible que Reinout soit une femelle, et que les noms Emily et Hadewijch aient été assignés à des mâles. Peut-être faut-il choisir des noms non-genrés ? Toutefois, pour les oiseaux de 2020, le sexe sera bientôt connu, puisque quelques plumes ont été recueillies pour des analyses ADN.

En tant qu’aéroport international pour oiseaux, la réserve naturelle du Zwin est un centre de connaissance et d’expertise sur la migration des oiseaux. En plus de baguer les cigognes et d’installer des transmetteurs, la réserve naturelle du Zwin se concentre aussi sur le baguage d’autres espèces d’oiseaux. Du 1er août au 7 novembre 2020, le baguage aura lieu presque tous les jours, et le public pourra aussi assister à cette activité. En Belgique, le baguage scientifique des oiseaux est coordonné par le groupe BeBIRDS de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB).

L’IRSNB et la Réserve Naturelle de Zwin installent des GPS sur des cigognes blanches.

Fin juin, dans la Réserve Naturelle de Zwin, à Knokke-Heist, trois jeunes cigognes ont été équipées d’émetteurs. Grâce à ces émetteurs, les mouvements des cigognes peuvent être suivis à tout moment. A travers cette étude, l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et la Réserve Naturelle de Zwin veulent documenter les conséquences des changements de conditions dans les zones d’hivernage sur les comportements migratoires des cigognes.

Jeune cigogne blanche équipée d’un émetteur fin juin 2019 à la Réserve Naturelle deZwin. (© Zwin Natuur Park)

Depuis que Leon Lippens a lancé un programme d’introduction de cigognes Ciconia ciconia dans la réserve de Zwin en 1957, environ cinq cents jeunes y ont éclos (le premier en 1965). Plus de 300 d’entre eux ont été équipés de bagues scientifiques dans le cadre d’une tradition de recherche scientifique et d’une coopération avec l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique. La majorité d’entre eux ont été signalés au moins une fois (en moyenne cinq fois par cigogne signalée), principalement sur un axe vers le Sud-Ouest, à travers la moitié occidentale de la France et l’Espagne centrale. L’observation la plus lointaine d’une cigogne de Zwin venait d’Algérie, à 2164km de Zwin. Mais on a aussi signalé que les cigognes belges passaient l’hiver en Afrique de l’Ouest, jusqu’au Sénégal et au Mali. La cigogne blanche est l’une des espèces pour laquelle la Réserve Naturelle de Zwin a été désignée comme zone de protection spéciale sur la Directive Oiseaux de l’UE.

Signalements de cigognes blanches baguées en Belgique, 1965-2019 (© IRSNB/Geoapp BeBIRDS)

Cette année, la population de Zwin comptait 13 couples reproducteurs. Cependant, dans un espace plus large (région de Knokke-Heist, Damme, Bruges, et au-delà de la frontière néerlandaise), 27 couples supplémentaires ont été signalés, et ainsi le total régional de la population ne comptait pas moins de 40 couples reproducteurs. Il y a quelques années, le nourrissage des cigognes dans le Zwin a cessé, ce qui a probablement contribué à leur distribution dans un espace plus large.

Des émetteurs en plus des bagues

En 2019, le Zwin a aussi prêté attention au baguage d’un certain nombre de jeunes cigognes. Le 5 juin, 13 individus ont été équipés de bagues scientifiques. Les codes de ces bagues peuvent être lus à distance avec des jumelles ou un télescope, mais les chances qu’une cigogne baguée soit observée et signalée restent assez minimes. Même si de telles observations nous apprennent beaucoup, ce ne sont que des aperçus. Avec un émetteur, un oiseau peut être suivi continûment, ce qui fournit plus d’informations sur la survie, les mouvements, et l’utilisation de l’habitat des oiseaux équipés d’émetteurs.

Les émetteurs pèsent seulement 25 grammes et utilisent l’énergie solaire (© Zwin Natuur Park)

Le 26 juin, trois jeunes cigognes de Zwin (provenant de deux nids) ont été équipées d’émetteurs pour la première fois. Ils pèsent seulement 25g, ce qui représente moins d’un pourcent du poids des oiseaux. Les émetteurs sont très durables : ils fonctionnent par énergie solaire et transmettent les données collectées par le GPS grâce au réseau GSM. Il n’y a pas à s’inquiéter du manque de réception : tout est enregistré dans la mémoire interne et communiqué quand le réseau est retrouvé. La précision est stupéfiante : la position est déterminée à quelques mètres près.

L’utilisation spatiale de l’une des jeunes cigognes équipée d’un émetteur (période du 20 au 28 juillet, l’oiseau attend sur le site de reproduction) montre une très haute résolution. (© IRSNB/Geoapp BeBIRDS)

Des cigognes dans des décharges

Avant 1990, quasiment toutes les cigognes traversaient le détroit de Gibraltar (le détroit qui sépare l’Espagne du Maroc) en automne pour passer l’hiver en Afrique de l’Ouest. Toutefois, beaucoup de choses ont changé depuis. De plus en plus de cigognes ont compris qu’elles pouvaient réduire ce voyage long et fatigant en restant en Espagne, où elles trouvent toute la nourriture dont elles ont besoin dans des décharges. Pendant l’hiver 2018-2019, jusqu’à 46 000 cigognes en hivernage ont été comptées sur la péninsule Ibérique. Cela ne représente pas moins de 20% de la population d’Europe de l’Ouest. Ces oiseaux ont aussi une plus grande chance de survie, et retournent plus rapidement sur les sites de reproduction au printemps, où ils peuvent occuper les meilleurs territoires.

Les cigognes n’ont aucun problème à avoir un émetteur sur le dos (© K. Moreau/IRSNB)

Mais… des nuages se dressent sur le ciel du paradis des cigognes en Espagne. La Directive-Cadre Européenne sur les Déchets interdit les décharges à ciel-ouvert, et la Commission Européenne a poursuivi l’Espagne à la Cour Européenne de Justice en Juin 2018, à la suite d’appels répétés pour que cette législation soit appliquée en Espagne. Les décharges espagnoles que les cigognes avaient appris à utiliser seront donc fermées d’ici peu. Cela changera fondamentalement l’état et les conditions de leurs quartiers d’hivernage. L’IRSNB et la Réserve Naturelle de Zwin cherchent donc à utiliser les émetteurs pour documenter l’impact de cette situation changeante en Espagne sur les comportements migratoires des cigognes.

Deux jeunes cigognes avec des émetteurs dans le “ Kleine Vlakte ” à l’extérieur de la Réserve Naturelle de Zwin (© K. Moreau/IRSNB)

Les résultats de la recherche peuvent être suivis sur une page spécifique du site web de la Réserve Naturelle de Zwin. Il est prévu d’équiper d’autres cigognes d’un émetteur dans les années à venir.

Comme un aéroport international pour oiseaux, la Réserve Naturelle de Zwin est un centre de connaissances et d’expertise pour les migrations aviaires. En plus de baguer les cigognes et de leur installer des transmetteurs, la Réserve Naturelle de Zwin se concentre aussi sur le baguage d’autres espèces. Du 1er août au 20 octobre 2019, le baguage aura lieu presque tous les jours, et le public pourra profiter d’un aperçu de cette activité. En Belgique, le baguage scientifique d’oiseaux est coordonné par le groupe BeBIRDS de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB).

Retour vers le Nord!

Les deux premiers Cygnes de Bewick équipés, au même endroit et à quelques jours d’intervalle, d’une balise GPS l’été passé dans la toundra de Yamal ont quitté ces derniers jours leur site d’hivernage distants l’un de l’autre de … 8000 km !

Le premier à prendre la route du nord est la femelle adulte 832X. Elle a quitté les environs du lac Poyang (sud-est de la Chine) le 03/03/2016. Elle était arrivée dans la région le 25/11/2015 et a successivement visité les lacs Sai Hu, Longhu et Longgan. Elle est donc restée au total 99 jours aux abords du Fleuve Yangsté avant de reprendre la route du Grand Nord.

Cygnes de Bewick hivernat dans la région du Lac Poyang, 29/11/2014 (photo Didier Vangeluwe)
Cygnes de Bewick hivernant dans la région du Lac Poyang, 29/11/2014 (photo Didier Vangeluwe).

Entre le 03/03/2016 et le 07/03/2016, elle a parcouru 1400 km en direction du nord-nord-est avec une pointe de vitesse de 215 km parcourus en 3 heures. Depuis, elle est en halte sur le Fleuve Jaune, dans le district de Donghan, à 250 km de la Mongolie. C’est exactement là où 865X, un autre Cygne de Bewick en provenance de Yamal et ayant hiverné dans la région du Yangsté, avait fait halte en migration post-nuptiale.

Le second Bewick ayant entamé la migration pre-nuptiale est 854X. C’est le mâle de deuxième hiver qui nous avait (après des années d’interrogations !) indiqué la route du Delta de l’Evros. 854X y était arrivé le 12/12/2015.

Zone d'hivernage du Cygne de Bewick 854X dans le Delta de l'Evros, à la frontière entre la Grèce et la Turquie.
Zone d’hivernage du 12/012/2015 au 07/03/2016 du Cygne de Bewick 854X dans le Delta de l’Evros, à la frontière entre la Grèce et la Turquie.

Après 86 jours de va-et-vient entre la Grèce et la Turquie, le fleuve faisant la frontière entre les deux pays, il s’est envolé en fin de journée du 07/03/2016, en direction du nord-est. En une étape de 12 heures de vol continu, et avec un pic de 265 km parcourus en 3 heures, 854X a survolé la Mer noire en quasi ligne droite pour se poser au petit matin du 08/03/2016 dans la Réserve de Chernomorsky, tout à l’est de la baie de Tendra, en Ukraine.

Douze heure plus tard, il repartait, plein est cette fois, pour un vol de trois heures maximum. A la nuit tombée, 854X s’est posé en mer, à quelques km au large du golfe de Khorli, un site qui concentre durant l’été plusieurs milliers de Cygnes tuberculés en mue flightless.

Les golfes de Khorli accueillent en été plusieurs milleirs de Cygnes tuberculés en mue flightless (photo Didier Vangeluwe).
Le golfe de Khorli accueillent en été plusieurs milliers de Cygnes tuberculés en mue flightless, 01/08/2009 (photo Didier Vangeluwe).

Durant la nuit, les positions reçues semblent indiquer que 854X a dérivé sur 11 km en direction de l’est. A l’aube du 09/03/2016, il a repris la route pour une courte étape de 90 km qui l’a mené dans les magnifiques lagunes hypersalines de Sivash, au nord de la Crimée. Il y est resté 4 jours et a été localisé à plusieurs reprises dans des zones de culture à proximité immédiate des plans d’eau. Très probablement s’y nourrissait-il.

Les lagunes hyper salines de Sivash sont un site de halte primordial des limicoles en migration prénuptiale, (photo Didier Vangeluwe).
854X a fait halte du 09/03/2016 au 13/03/2013 dans les lagunes hyper salines de Sivash. Ces lagunes sont un site de halte primordial pour les limicoles en migration prénuptiale. 26/07/2008 (photo Didier Vangeluwe).

854X a ensuite repris la direction de l’est pour un vol d’une quarantaine de km. Nouvel arrêt à la nuit tombée, mais cette fois en Mer d’Azov. Et nouvelle dérive durant la nuit, jusqu’à 24 km de la côte cette fois. Ce matin, 14/03/2016, 854X a repris sa route peu après 05h00 du matin (heure locale) toujours en direction de l’est. Six heures plus tard, il était localisé à 290 km à l’est, probablement en vol. 854X était alors à proximité immédiate du liman de Beisug où il s’était arrêté 51 jours durant l’automne, avant d’arriver dans le Delta de l’Evros. Va-t-il encore y faire halte où va-t-il poursuivre sa route vers l’Est, vers la Russie et le Kazakhstan?

A suivre !