Les 11 et 12 février 2026, l’Agence européenne pour la sécurité maritime (AESM) a accueilli dans ses locaux de Lisbonne le premier atelier thématique du programme 2026 du Forum européen des garde-côtes (ECGFF). La Belgique y a participé avec des représentants de la DG Transport maritime (Stefanie Monsaert), de l’Agence des services maritimes et côtiers (Yves Maekelberg), des garde-côtes (Eefje Deweer) et du Service scientifique « Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord » de l’Institut des Sciences naturelles (Kobe Scheldeman).

Surveillance multifonctionnelle et complémentaire
Une surveillance moderne et efficace des garde-côtes nécessite une approche multifonctionnelle, dans laquelle différents moyens — tels que les satellites, les drones (sous-marins et aériens), les avions, les navires et les systèmes terrestres — sont déployés de manière complémentaire. Aucun outil ne peut, à lui seul, répondre aux défis maritimes complexes d’aujourd’hui.
Grâce à la coopération entre agences et États membres, et à la combinaison des technologies, une image maritime robuste et quasi en temps réel peut être établie. Cela permet de coordonner efficacement les missions liées à la sécurité, à la protection de l’environnement, au contrôle des pêches et à l’application de la loi.
Évolutions géopolitiques et impact opérationnel
Les participants ont examiné l’évolution rapide du contexte géopolitique et ses conséquences sur les opérations maritimes quotidiennes. On constate notamment une augmentation récente des navires sous faux pavillon et des activités de la « flotte fantôme » : des navires anciens, mal entretenus, dont l’authenticité du pavillon et des documents d’assurance est difficile à vérifier, ce qui accroît le risque d’incidents.
En mutualisant l’expertise, en partageant les informations opérationnelles entre États membres et en les enrichissant avec des données complémentaires, des progrès sont réalisés afin de mieux identifier et cartographier ces navires. Nombre d’entre eux n’entrent jamais dans un port et poursuivent leurs activités en mer via des transferts de cargaison de navire à navire, avec tous les risques que cela comporte. Le principe de la liberté de navigation demeure essentiel, mais il complique les efforts de contrôle et d’application.

Les agences européennes renforcent leur soutien
L’AESM a présenté une mise à jour de ses services, avec une attention particulière portée au développement de sa capacité en véhicules sous-marins téléopérés (ROV). Ces systèmes peuvent opérer jusqu’à 3 000 mètres de profondeur et sont utilisés pour des missions telles que la cartographie de câbles, d’ancres et d’épaves. La Belgique a déjà fait appel à ces services au cours des deux dernières années.
L’Agence européenne de contrôle des pêches (AECP) a présenté un calendrier relatif aux nouvelles réglementations et aux outils technologiques, tels que les hydrophones (détection de la pêche illégale par analyse acoustique), les kits ADN (identification des espèces de poissons), les images satellitaires, le Remote Electronic Monitoring (REM), les drones (UAV) et l’intelligence artificielle. Bien que ces technologies n’aient pas été initialement conçues spécifiquement pour le contrôle des pêches, les adaptations nécessaires sont actuellement mises en œuvre afin d’optimiser leur utilisation dans ce domaine.
Frontex a présenté les possibilités de déployer ses aéronefs pour différentes fonctions de garde-côtes. Ces appareils fournissent une connaissance de la situation maritime, peuvent zoomer sur des navires suspects et transmettre des images vers les centres opérationnels à terre presque en temps réel. En cas d’incident, leurs plans de vol peuvent être rapidement adaptés.

La nécessité d’un nouvel avion belge des garde-côtes
Les conclusions de l’atelier soulignent une réalité claire : la surveillance maritime devient plus complexe sur le plan technologique, plus sensible sur le plan géopolitique et plus exigeante sur le plan opérationnel. Dans ce contexte, la capacité aérienne n’est pas un luxe, mais un maillon essentiel du système européen intégré de surveillance dans lequel opèrent notamment l’AESM et Frontex.
Après plus de 30 ans de surveillance aérienne réussie, il convient de constater que l’avion belge des garde-côtes est une plateforme vieillissante qui atteindra 50 ans cette année. Bien qu’il ait longtemps constitué un outil fiable pour la protection de l’environnement, la sécurité et l’application du droit maritime, il ne répond plus aux exigences des opérations de plus en plus délicates et technologiquement intensives attendues aujourd’hui d’un État côtier.
L’augmentation des flottes fantômes, le spoofing GPS, les transports énergétiques complexes et des obligations européennes plus strictes nécessitent des capteurs modernes, un traitement des données en temps réel et une interopérabilité accrue avec les partenaires européens. Le remplacement de l’appareil actuel est dès lors indispensable afin de garantir la continuité de ces missions.
Sans un nouvel avion des garde-côtes, la Belgique risque de ne plus disposer d’une plateforme adaptée pour la surveillance aérienne. Cela compromettrait sérieusement sa capacité à respecter ses obligations nationales et internationales en matière de protection de l’environnement, de gestion de crise, de sécurité et de sûreté en mer du Nord.
Au sein de la Garde côtière, sous la coordination de la Défense et de l Institut des Sciences naturelles, un travail intensif est donc mené avec l’ensemble des partenaires concernés afin de préparer et de concrétiser le remplacement de l’appareil, garantissant ainsi à la Belgique une capacité de surveillance aérienne moderne, performante et interopérable pour l’avenir.


