Cet été, les températures de surface de la mer au large des côtes belges ont atteint leur niveau le plus élevé des 46 dernières années. C’est ce que révèlent les données analysées par des chercheurs de l’Institut des Sciences naturelles. La vague de chaleur marine persistante suscite de vives inquiétudes parmi les chercheurs quant à ses conséquences pour les écosystèmes de la partie belge de la mer du Nord.

La méthode de détection des vagues de chaleur marines est précisément définie : on examine les séries temporelles à long terme de la température de surface de la mer pour un lieu donné et l’on identifie la valeur qui n’est dépassée que dans 10 % des observations (le 90e percentile). Lorsque la température reste au-dessus de ce seuil pendant cinq jours consécutifs, on parle de « vague de chaleur marine ».
Cet été, la température observée dans la mer du Nord belge a dépassé ce seuil non pas pendant cinq jours, mais durant 87 jours consécutifs, du 16 juin au 10 septembre inclus. Pendant la majeure partie de cette période, la température de surface est restée non seulement au-dessus du seuil du 90e percentile, mais également au-dessus de tous les maxima historiques observés jusqu’à présent.
Une telle vague de chaleur n’est pas simplement exceptionnelle : elle est véritablement sans précédent. Elle s’est produite avec une rapidité et une intensité qui ont dépassé la plupart des attentes. Dans ces conditions, les conséquences potentielles de cette vague de chaleur sur l’écosystème marin belge demeurent largement méconnues et préoccupantes.
Conséquences possibles pour le réseau trophique
La température exerce un contrôle direct sur les taux de métabolisme des organismes vivants. En milieu marin, elle détermine également la quantité d’oxygène pouvant être dissoute dans l’eau. Les eaux chaudes rendent donc la respiration à la fois plus nécessaire et plus difficile. La littérature scientifique montre que les vagues de chaleur marines provoquent un stress thermique chez les espèces benthiques, pélagiques et planctoniques (tant le phytoplancton que le zooplancton), entraînent des modifications de la répartition géographique des populations, perturbent les cycles de reproduction et augmentent le risque de prolifération d’espèces invasives ou opportunistes mieux adaptées aux eaux plus chaudes. Ces événements peuvent ainsi affecter l’ensemble du réseau trophique, depuis les processus biogéochimiques et les communautés planctoniques jusqu’aux poissons et aux mammifères marins.
Les chercheurs de l’Institut des Sciences naturelles suivent ces phénomènes dans le cadre de leurs travaux sur la biodiversité marine de la partie belge de la mer du Nord. Dans le cadre des projets RECAP et CodeBlue, l’équipe de modélisation ECOMOD développe des projections à long terme (1980-2100) afin d’évaluer l’impact combiné du changement climatique et de l’eutrophisation (enrichissement excessif de l’eau en nutriments, provoquant des proliférations d’algues) sur les conditions environnementales de la mer du Nord.
Les jeux de données qui en résulteront seront mis à disposition du public et permettront, en combinaison avec les programmes de suivi écologique, de mieux comprendre l’avenir potentiel de l’écosystème marin de la mer du Nord.

